Le réacteur EPR de Flamanville 3 a franchi une étape clé du processus de mise en service le 14 décembre 2025 : il a atteint 100 % de sa puissance nucléaire à 11h37 et a produit 1 669 MW de puissance électrique brute, a annoncé EDF. Ce jalon intervient après une première montée à 80 % enregistrée le 12 novembre et plusieurs mois d’essais depuis le raccordement au réseau le 21 décembre 2024. Flamanville 3 est le premier réacteur nucléaire mis en service en France depuis vingt-cinq ans, mais son parcours a été marqué par des retards et des surcoûts importants par rapport au calendrier et au budget initiaux.
Ce que signifie l’atteinte de 100 % de puissance
Atteindre 100 % de puissance est une étape technique et réglementaire importante mais ne correspond pas encore à une entrée en exploitation commerciale au sens plein du terme. À ce palier, les équipes testent les matériels et les systèmes à pleine charge pour vérifier leurs performances, leurs comportements thermiques et électriques, et la tenue des dispositifs de sûreté. EDF précise que, dans les semaines à venir, la puissance sera amenée à varier pour poursuivre des essais à différents paliers et qu’une intervention est prévue sur un poste électrique interne.
Ces manœuvres font partie du programme de démarrage classique d’un réacteur : essais de performance, vérifications des systèmes auxiliaires, contrôles de résistance des composants et vérifications conjointes avec l’autorité de sûreté. Seule l’approbation finale du régulateur, assortie de la validation des exigences opérationnelles et de sûreté, permettra à l’exploitant de considérer la production comme pleinement commerciale.
Retards, coûts et comparaisons internationales
Le chantier de Flamanville 3 a connu des dérives significatives. Le devis initial affichait environ 3,3 milliards d’euros ; selon un rapport de la Cour des comptes publié en 2023, le coût total s’établirait aux alentours de 23,7 milliards d’euros aux conditions économiques de 2023. Le réacteur a été mis en service avec douze ans de retard par rapport à la date initialement prévue, ajoutant à la facture des frais financiers et des coûts de prolongation des engagements techniques et humains.
Sur le plan international, l’EPR existe déjà ailleurs : des unités sont en service en Chine (Taishan 1 et 2) et en Finlande (Olkiluoto 3), tandis que deux réacteurs EPR sont en construction à Hinkley Point au Royaume‑Uni. Ces projets ont eux-mêmes connu des trajectoires variées — certains confrontés à des retards et des problèmes techniques, d’autres parvenant à la mise en service après des procédures longues — ce qui illustre la complexité et les risques techniques associés au développement de réacteurs de nouvelle génération.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
– EDF : communiqué d’entreprise. Fiabilité élevée pour les faits opérationnels (dates, puissances mesurées, calendrier d’essais) puisqu’EDF est l’exploitant et dispose des données techniques. Toutefois, il s’agit d’une source intéressée ; ses communications visent à rassurer et valoriser le projet, et doivent être complétées par les vérifications indépendantes du régulateur.
– « Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) » : l’article original semble confondre ou mal nommer les institutions françaises. Les deux organismes impliqués dans la sûreté nucléaire et la radioprotection en France sont l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) — autorité administrative indépendante chargée du contrôle — et l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) — organisme technique d’expertise. L’ASN et l’IRSN sont des sources crédibles et incontournables pour les validations réglementaires ; leurs décisions et rapports sont consultables publiquement et constituent un contre‑poids indispensable aux communiqués d’entreprise.
– Cour des comptes : source très fiable pour l’analyse financière et l’évaluation des coûts publics. Ses audits reposent sur des méthodologies rigoureuses et des données officielles, ce qui en fait une référence compétente pour chiffrer les dérives budgétaires et en analyser les causes.
Recommandations pour le suivi de l’information
Pour apprécier pleinement la portée de cette montée à puissance et l’évolution du dossier Flamanville, il est conseillé de suivre : les communiqués et rapports de l’ASN et de l’IRSN pour les aspects de sûreté et de conformité ; les publications de la Cour des comptes pour les évaluations financières publiques ; et les communiqués d’EDF pour les aspects opérationnels, en les confrontant aux éléments indépendants. Enfin, surveiller les décisions réglementaires ultérieures (autorisations d’exploitation commerciale) permettra de savoir quand le réacteur entrera réellement en service commercial et quelles conditions de sûreté auront été imposées.


