Entre 2018 et 2022, seulement 16,7% des demandes françaises de brevet européen ont mentionné au moins une inventrice, selon l’étude citée dans l’article. Ce niveau — légèrement supérieur à la moyenne européenne de 13,8% — illustre néanmoins une sous-représentation persistante des femmes dans l’activité brevetée en France, alors même que leur présence augmente dans les formations supérieures et la recherche.
Le rapport, publié à l’approche de la Journée internationale des droits des femmes (8 mars), souligne que la progression est lente : la part de femmes dans les dépôts français est passée de 16,4% sur 2013–2017 à 16,7% sur 2018–2022. Cette stabilité relative masque toutefois des différences importantes selon les rôles — les femmes figurent plus souvent comme co-inventrices au sein d’équipes collaboratives que comme inventrices individuelles — et selon les étapes de carrière.
Des chiffres qui montrent où le déséquilibre se creuse
L’étude signale que les écarts entre hommes et femmes se renforcent au fil des étapes professionnelles, et deviennent particulièrement marqués au moment où la recherche bascule vers la commercialisation. Parmi cent fondateurs de start‑up ayant déposé un brevet européen en France, un peu plus de dix sont des femmes — un indicateur frappant du faible poids des femmes à l’interface innovation‑entreprise.
Autre constat : les femmes restent sous‑représentées parmi les titulaires de doctorat impliqués dans des dépôts de brevets, alors qu’elles sont fortement présentes au niveau doctoral. Cela indique que l’obstacle ne tient pas à la formation scientifique initiale, mais à des facteurs qui limitent la poursuite ou la valorisation économique des recherches portées par des femmes.
Obstacles structurels et conséquences pour l’innovation
Le constat de l’Office européen des brevets (OEB) — cité par l’article — met l’accent sur des « obstacles structurels ». Sans surprise, ces derniers recouvrent des mécanismes connus : accès différencié aux financements, réseaux professionnels moins étendus, normes d’attribution des inventions, facteurs institutionnels et culturels qui pénalisent la visibilité et la reconnaissance des contributions féminines.
La sous‑représentation des femmes dans les brevets a des conséquences mesurables : elle réduit la diversité des idées valorisées commercialement, influence la composition des équipes fondatrices et peut affaiblir la compétitivité sectorielle à long terme. Pour les entreprises et les organismes de recherche, ne pas corriger ces biais revient à limiter le vivier d’innovations exploitables.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
L’Office européen des brevets est une source institutionnelle reconnue pour les données relatives aux dépôts de brevets : son accès aux bases de brevets européennes et ses publications régulières en font un interlocuteur crédible pour des statistiques agrégées. Toutefois, l’évaluation complète de la fiabilité nécessite d’examiner la méthodologie précise du rapport — notamment la manière dont les genres sont identifiés (autodéclaration vs inférence à partir des noms), l’éventuelle exclusion de certaines catégories de dépôts et les traitements appliqués aux jeux de données.
Sans la consultation directe de l’étude complète, il est raisonnable de considérer les conclusions de l’OEB comme solides sur le plan statistique mais potentiellement sensibles à des limites méthodologiques qu’il convient de vérifier : méthodes d’attribution du genre, période d’observation, et définitions (par exemple, inventeur·rice unique vs co‑inventeur·rice).
Pour les journalistes, décideurs et acteurs de l’innovation, la recommandation est donc simple : s’appuyer sur les chiffres de l’OEB tout en demandant la fiche méthodologique associée et, si besoin, des analyses complémentaires (approche qualitative, enquêtes auprès des inventrices, données de financement) pour mieux cibler les politiques correctrices.
En conclusion, le constat statistique — 16,7% de femmes impliquées dans les dépôts français de brevets européens sur 2018–2022 — confirme que la féminisation des formations ne suffit pas à garantir une représentation égale dans la valorisation industrielle des savoirs. Corriger cela demandera des mesures coordonnées (transparence dans l’attribution des inventions, aides ciblées aux femmes entrepreneures, mentorat, suivi des trajectoires post‑doctorales) et un suivi méthodique des données pour mesurer l’efficacité des actions mises en place.


