Les forces de l’ordre ont recensé 704 mineurs victimes liées à la prostitution en 2025, soit une hausse de 43 % entre 2021 et 2025, d’après les chiffres publiés par l’Observatoire national des violences faites aux femmes et la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof).
Chiffres et tendances
Le rapport signale que, parmi ces 704 mineurs, 416 cas relèvent du proxénétisme et 288 du recours à la prostitution. La quasi-totalité des victimes sont des filles (94 %), et la progression observée par la Miprof s’inscrit après un chiffre de 659 victimes en 2024 (435 victimes de proxénétisme et 224 de recours à la prostitution).
Sur la même période 2021–2025, la Miprof note une diminution distincte du nombre de personnes majeures enregistrées en situation de prostitution : -8 %, pour atteindre 880 personnes en 2025. Les auteurs soulignent que cette baisse peut refléter des priorités policières différentes et non une disparition du phénomène.
Modes de recrutement et facteurs aggravants
Le rapport met en avant le rôle grandissant des outils numériques dans la mise en contact entre mineures et clients. Selon l’étude, 86 % des jeunes accompagnées par l’association l’Amicale du Nid ont été contactées au moins partiellement via des plateformes numériques — Snapchat et des petites annonces en ligne sont explicitement cités.
La ministre déléguée à l’Égalité femmes‑hommes, Aurore Bergé, alerte sur la reconfiguration de l’exploitation sexuelle : « L’exploitation sexuelle, loin de reculer, se reconfigure et la prostitution des mineurs en constitue aujourd’hui l’une des manifestations les plus alarmantes. » Le rapport insiste sur l’extrême vulnérabilité des victimes — très majoritairement des filles, souvent plus jeunes, dont les corps sont transformés en « ressource » monétisée par des réseaux ou des tiers.
Les auteurs attribuent en partie l’augmentation du nombre de personnes mineures identifiées au renforcement des dispositifs de repérage et d’accompagnement : travail des associations de terrain, amélioration des conditions d’accueil par les forces de sécurité et meilleure coordination interinstitutionnelle.
Par ailleurs, les dernières estimations officielles citées dans le texte évaluent à 40 000 le nombre de personnes en situation de prostitution en France, chiffre qui sert de contexte mais qui mérite d’être éclairci en regard des méthodes d’estimation employées.
Ce que disent les chiffres — et ce qu’ils ne disent pas
Les données présentées traduisent une réalité documentée : une augmentation des cas de mineures identifiées en situation de prostitution, une très forte féminisation des victimes et un recours massif aux outils numériques pour le repérage et la mise en contact. Elles montrent aussi que l’effort de terrain des associations et les pratiques des forces de l’ordre influencent directement le volume des cas détectés.
Cependant, ces constats ne permettent pas, seuls, de quantifier avec précision l’évolution réelle de la prévalence du phénomène. L’augmentation des signalements peut autant traduire une aggravation structurelle qu’une amélioration du repérage, ou une combinaison des deux. De plus, les chiffres reposent sur des enregistrements administratifs et des bilans d’associations qui dépendent de définitions juridiques et opérationnelles parfois variables.
Enfin, la dimension géographique, les profils socio‑économiques détaillés des victimes, et les circuits précis du proxénétisme (en ligne, en réseau familial, en milieu organisé) nécessitent des données plus fines pour orienter des réponses politiques et judiciaires adaptées.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Les principaux acteurs cités dans l’article — la Miprof, l’Observatoire national des violences faites aux femmes et l’association l’Amicale du Nid — sont des sources reconnues et complémentaires. La Miprof et l’Observatoire relèvent d’instances publiques ayant vocation à centraliser des données et à produire des analyses nationales ; leur travail bénéficie normalement de méthodologies formalisées et d’un accès aux signalements policiers et aux bilans associatifs.
L’Amicale du Nid est une association de terrain bien connue pour son accompagnement des personnes en situation de prostitution ; ses observations apportent un éclairage direct et qualitatif, en particulier sur les modalités de recrutement et d’accompagnement.
Limitations et recommandations : malgré leur légitimité, ces sources ont des contraintes — sous‑déclaration, hétérogénéité des définitions (proxénétisme, recours à la prostitution), délais de consolidation des données, et difficulté à mesurer l’ampleur cachée du phénomène. Pour renforcer la confiance dans les chiffres, il serait utile de publier les méthodologies complètes, les séries chronologiques détaillées, les répartitions régionales et les indicateurs de qualité des données. Une triangulation avec des études indépendantes et des enquêtes de terrain permettrait également d’affiner les estimations nationales (notamment le chiffre de 40 000 personnes en situation de prostitution) et d’orienter des politiques publiques ciblées.
En l’état, les chiffres publiés justifient une vigilance accrue et des réponses pluridisciplinaires — prévention, repérage en ligne, accompagnement social et actions judiciaires — mais ils exigent aussi une transparence méthodologique pour mieux mesurer l’évolution du phénomène et évaluer l’efficacité des mesures mises en œuvre.


