Les données récentes publiées par l’Association de recherche et prévention sur les excès des jeux (Arpej) et l’Autorité nationale des jeux (ANJ) dressent un tableau préoccupant : de plus en plus d’adolescents déclarent avoir joué à des jeux d’argent, principalement des tickets à gratter et des jeux de tirage achetés en points de vente physiques. Selon l’enquête menée à la fin de l’été 2025 auprès de 5 000 jeunes âgés de 15 à 17 ans, 42,6 % d’entre eux disent avoir joué au moins une fois à un jeu d’argent au cours des douze mois précédant l’étude, contre 34,8 % lors de la précédente mesure en 2021, soit une hausse d’environ huit points. Cette pratique est plus fréquente chez les garçons (45,5 %) que chez les filles (39,6 %).
Modes d’accès et responsabilité parentale
L’étude pointe un élément particulièrement sensible : la très grande part des accès facilités par des parents. Parmi les jeunes joueurs interrogés, 65 % indiquent avoir obtenu ces jeux via un achat en point de vente réalisé par l’un de leurs parents. Les tickets à gratter et jeux de tirage, vendus dans des bureaux de tabac, chez des détaillants ou à la loterie nationale, apparaissent comme les vecteurs majeurs de cette consommation juvénile, précisément parce qu’ils sont nombreux et physiquement accessibles.
Sur le plan réglementaire, la vente et l’accès aux jeux d’argent sont encadrés et les opérateurs officiels imposent un âge minimum légal : vendre ou faciliter l’accès à un mineur contrevient aux règles en vigueur. Mais l’enquête souligne que la présence d’un interdit législatif ne suffit pas à protéger automatiquement les mineurs lorsque les adultes de leur entourage se montrent peu attentifs ou laxistes.
Quels risques pour ces jeunes ?
L’ANJ et l’Arpej insistent sur le lien bien documenté entre précocité de l’exposition aux jeux d’argent et risque ultérieur de dépendance. Plus l’initiation intervient tôt dans la vie, plus la probabilité de développer des comportements problématiques de jeu à l’âge adulte augmente, selon les spécialistes des addictions. Outre le risque d’addiction, l’exposition précoce peut renforcer des représentations banalisées du jeu comme source de gains faciles et réduire la perception des pertes et des dommages potentiels.
Les conséquences peuvent être sociales, scolaires et psychologiques : baisse des performances, isolement, secret autour des pratiques, et tensions familiales lorsque des sommes d’argent sont engagées. Ces effets n’apparaissent pas nécessairement immédiatement mais constituent un risque réel à moyen et long terme.
Évaluation de la fiabilité des sources et limites de l’étude
Les deux organisations à l’origine de l’alerte — l’Arpej et l’ANJ — sont des acteurs reconnus sur le sujet. L’ANJ est l’autorité publique de régulation des jeux en France, chargée de contrôler et d’encadrer le secteur : ses rapports et communiqués bénéficient d’un lourd degré de crédibilité institutionnelle. L’Arpej, association dédiée à la recherche et à la prévention des excès des jeux, est un acteur spécialisé qui produit des études et des recommandations ; sa légitimité tient à son expertise sur les problématiques de jeu problématique et de prévention.
Cela dit, plusieurs précautions méthodologiques doivent être prises en compte avant d’interpréter les chiffres sans nuance. D’abord, l’enquête repose sur des déclarations auto‑rapportées par des adolescents : ce mode de recueil peut générer des biais de mémoire, de désirabilité sociale (sous‑ ou sur‑déclaration) et d’interprétation des questions. Ensuite, la présentation ne détaille pas ici la méthode d’échantillonnage (aléatoire, quotas, en ligne, en classe, etc.), ce qui est essentiel pour juger de la représentativité des 5 000 répondants et de la comparabilité avec l’étude de 2021. Enfin, une comparaison temporelle suppose des méthodologies consistantes ; toute modification du questionnaire, du calendrier ou du mode d’administration peut affecter l’évolution observée.
Malgré ces limites, la taille de l’échantillon (5 000 jeunes) et la convergence entre le signalement de l’Arpej et l’alerte d’un régulateur officiel comme l’ANJ renforcent la plausibilité d’un phénomène réel, méritant une attention publique et politique.
Mesures recommandées et pistes d’action
Face à ce constat, plusieurs leviers sont évoqués par les spécialistes et les autorités : renforcer le contrôle de l’âge dans les points de vente, former et sensibiliser les commerçants à leurs obligations, multiplier les actions d’éducation chez les jeunes et auprès des parents, et améliorer le repérage précoce des pratiques à risque par les professionnels de santé et de l’éducation. Enfin, la publication régulière d’enquêtes transparentes, avec méthodologies renseignées, permettra de suivre l’évolution du phénomène et d’évaluer l’efficacité des réponses mises en place.
En conclusion, les chiffres publiés par l’Arpej et l’ANJ inquiètent par leur ampleur et par la part notable d’accès facilité par des parents. Les sources sont crédibles, mais l’interprétation des résultats demande prudence tant que les détails méthodologiques n’ont pas été rendus publics. Quoi qu’il en soit, la convergence des signaux plaide pour une réponse coordonnée entre régulateurs, acteurs éducatifs, professionnels de santé et familles.


