Un sondage Ifop réalisé pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et rendu public début avril 2026 montre l’ampleur et la fréquence des expériences de racisme et de discrimination en France : 46 % des personnes interrogées déclarent avoir été victimes, au cours de leur vie, d’agressions ou de discriminations à caractère racial ou religieux. ([licra.org](https://www.licra.org/convention2026?utm_source=openai))
Le travail d’Ifop, mené sur un très grand échantillon présenté comme représentatif de la population française de 15 ans et plus, met en lumière des écarts sensibles selon l’appartenance religieuse, l’apparence perçue ou l’origine : des proportions très élevées de personnes se définissant comme juives, musulmanes, ou « perçues comme noires ou arabes » rapportent des expériences discriminantes. L’étude signale également que, pour une part non négligeable des victimes, ces comportements se sont produits récemment : 24 % au cours des cinq dernières années et 15 % sur les douze derniers mois. ([licra.org](https://www.licra.org/convention2026?utm_source=openai))
Formes et conséquences des discriminations
Parmi les formes rapportées, les moqueries et propos désobligeants (25 %), les insultes (24 %), les menaces (14 %) et les violences physiques (9 %) figurent en bonne place, selon le questionnaire. Ces expériences n’ont pas que des effets symboliques : plus de la moitié des personnes victimes déclarent avoir modifié leurs comportements par stratégie d’évitement — éviter certains quartiers (39 %), dissimuler leur identité en ligne (19 %) ou volontairement masquer des signes d’appartenance (19 %). Ces réactions sont particulièrement fréquentes chez les personnes juives (81 % d’évitement), puis chez les musulmanes (58 %). ([licra.org](https://www.licra.org/convention2026?utm_source=openai))
Autre chiffre qui alimente le débat public : une part non négligeable des victimes ont déjà envisagé de quitter le pays (22 %), proportion plus élevée au sein de certaines minorités religieuses recensées par l’étude. Ces données témoignent du coût individuel et social du racisme, au-delà des seuls chiffres de plainte et d’enregistrement par les services publics.
Chiffres officiels et limites des comptages
Les statistiques administratives du ministère de l’Intérieur confirment une hausse des atteintes enregistrées : pour 2025, les services de police et de gendarmerie ont recensé plus de 9 700 crimes et délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux (et, au total, autour de 16 400 infractions si l’on ajoute les contraventions). Ces statistiques reflètent l’activité des forces de l’ordre et le flux de plaintes, mais elles ne rendent pas compte de l’ensemble des victimes ni des formes moins visibles de discrimination. ([interieur.gouv.fr](https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/atteintes-a-caractere-raciste-xenophobe-ou-antireligieux-en-2025?utm_source=openai))
Il est donc nécessaire de lire conjointement les enquêtes d’opinion (qui mesurent le vécu, y compris non porté plainte) et les bilans administratifs (qui documentent les faits enregistrés par l’État). Cette double lecture expose des recouvrements mais aussi des écarts : beaucoup d’atteintes à caractère raciste ne sont pas signalées, et les trajectoires individuelles diffèrent selon l’âge, le sexe, le territoire, la religion et la « perception » par autrui.
Enfin, la nature même d’un sondage — recueil déclaratif, cadrage des questions, mode d’interrogation — influence les résultats. Les instituts comme Ifop détaillent généralement leur méthodologie (mode d’échantillonnage, période et modalités d’enquête) dans des notes annexes, ce qui permet d’apprécier la robustesse des estimations et la marge d’erreur. ([ifopwebsiterecette.ifop.com](https://ifopwebsiterecette.ifop.com/wp-content/uploads/2025/02/121379-Rapport-Ifop-pour-lOpinion.pdf?utm_source=openai))
Sur ce point, il convient d’être attentif : des enquêtes ciblées sur des groupes précis (musulmans, juifs, personnes « perçues comme ») peuvent produire des proportions très élevées, qui doivent être remises en perspective par rapport à la population générale et aux définitions employées. Des travaux Ifop antérieurs, par exemple sur la situation des musulmans en France, fournissent des repères comparables mais montrent aussi la sensibilité des résultats aux choix méthodologiques. ([ifop.com](https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2025/09/chiffres_cles_fk_ifop_gmp_2025.09.11.pdf?utm_source=openai))
Parallèlement, l’institut fait l’objet, à l’occasion de certains sondages sensibles, de critiques publiques sur le cadrage ou l’interprétation des résultats ; ces controverses soulignent l’intérêt d’une transparence méthodologique complète pour éviter les instrumentalisation politiques des chiffres. ([ladepeche.fr](https://www.ladepeche.fr/2025/12/05/sondage-ifop-sur-lislam-en-france-les-deputes-de-la-france-insoumise-saisissent-la-justice-13093688.php?utm_source=openai))
En synthèse, l’enquête Ifop pour la Licra confirme que les expériences de racisme et de discrimination en France sont fréquentes et diverses, et qu’elles affectent lourdement le quotidien de nombreux individus. Les chiffres officiels du ministère de l’Intérieur montrent une augmentation des faits enregistrés, mais restent partiels : seule une approche combinant enquêtes déclaratives, données administratives et études qualitatives permettra de cerner l’étendue réelle du phénomène et d’orienter des réponses publiques adaptées. ([licra.org](https://www.licra.org/convention2026?utm_source=openai))


