Le pôle « cold cases » du tribunal judiciaire de Nanterre a élargi son enquête en ouvrant l’analyse des « parcours criminels » de deux hommes déjà au cœur d’affaires très médiatisées : Dominique Pelicot, récemment condamné dans l’affaire des viols de Mazan, et François Vérove, le tueur en série surnommé « Le Grêlé ». Les investigations visent à reconstituer la vie et les activités de ces individus afin de déterminer s’ils peuvent être formellement reliés à d’autres faits non élucidés et à d’éventuelles victimes supplémentaires. Selon les éléments rendus publics, il s’agit des 14e et 15e parcours confiés à ce pôle, et l’examen du dossier de Guy Georges devrait suivre prochainement. Le parquet de Nanterre a fait part de ces ouvertures à franceinfo, qui a relayé l’information le 16 janvier.
Ce que recouvre une « parcours criminel »
La notion de « parcours criminel » renvoie à une procédure d’investigation approfondie destinée à reconstituer la trajectoire personnelle et criminelle d’un suspect ou d’un auteur présumé d’infractions. Elle est conduite par un juge d’instruction spécialisé et le pôle cold cases qui centralise les dossiers anciens non résolus ou susceptibles d’être rattachés à des affaires connues. L’objectif est double : identifier d’éventuelles autres infractions commises par la personne étudiée et retrouver d’éventuelles victimes jusque-là ignorées ou non liées aux enquêtes initiales.
Concrètement, ce travail mobilise l’exploitation des pièces judiciaires antérieures, la confrontation et la mise à jour des preuves scientifiques (dont de nouvelles analyses ADN quand c’est possible), la réinterrogation de témoins et la vérification de corrélations entre modus operandi, zones géographiques et chronologies. Il ne vise pas à prononcer une culpabilité immédiate : il s’agit d’un outil d’investigation qui, si des éléments nouveaux apparaissent, peut conduire à une mise en examen complémentaire ou à un classement sans suite.
Qu’en est-il des dossiers cités ?
Dominique Pelicot a été condamné en décembre 2024 à vingt ans de réclusion criminelle pour des faits de drogue et de viols collectifs commis entre 2011 et 2020, dans lesquels il avait drogué son épouse, selon la décision rendue. Il reste par ailleurs mis en examen dans deux autres affaires : le viol et le meurtre de Sophie Narme, daté de 1991 — qu’il conteste — et une tentative de viol en 1999 sur une femme identifiée sous le prénom de « Marion », dans laquelle son ADN a été retrouvé. Sur cette dernière affaire, il a reconnu certains éléments des faits. L’ouverture du « parcours criminel » vise donc à vérifier l’existence d’autres liaisons factuelles entre Pelicot et des dossiers non résolus.
François Vérove, ancien gendarme puis policier connu sous le surnom « Le Grêlé », s’est suicidé en septembre 2021 au moment où il était attendu par des enquêteurs. Il est, selon les réquisitions et les dossiers publics, présumé responsable d’au moins quatre meurtres et six viols commis en région parisienne entre les années 1980 et 1990, et notamment du meurtre de la petite Cécile Bloch en 1986. Le fait que Vérove soit décédé n’empêche pas la recherche de victimes ou la clarification d’affaires anciennes : le parcours criminel permet de recouper des éléments et d’apporter des réponses aux familles des victimes.
Bénéfices, limites et suite possible des investigations
Ce type d’enquête peut apporter des confirmations importantes (nouveaux liens entre affaires, identification de victimes, éclaircissements sur des modes opératoires), mais il comporte aussi des limites : le temps écoulé, la perte ou l’état des preuves, la disparition de témoins et la confidentialité des pièces judiciaires rendent parfois difficiles des conclusions définitives. Lorsque des indices nouveaux apparaissent, le dossier peut être transmis à un juge d’instruction pour poursuites, ou au contraire être clos faute d’éléments probants.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Les informations initiales proviennent du parquet de Nanterre, autorité judiciaire locale et source primaire quant à l’ouverture des enquêtes : il s’agit d’un acteur institutionnel fiable sur l’existence même de procédures. Elles ont été relayées par franceinfo, média public d’information généraliste réputé pour son exigence professionnelle et son respect des sources officielles. Ensemble, ces deux sources sont solides pour attester de l’ouverture des parcours criminels et des éléments de procédure annoncés.
Il convient toutefois de noter que les communiqués du parquet et les dépêches de presse donnent un état des faits au moment de la publication et n’exposent pas toujours l’intégralité des pièces du dossier. Les conclusions définitives dépendront des travaux d’instruction à venir et, pour obtenir un panorama complet et vérifiable, il faudra se référer aux actes du juge d’instruction et aux décisions judiciaires qui résulteront de ces investigations.
En l’état, les éléments publics confirment l’intention des autorités de creuser ces deux trajectoires criminelles, sans préjuger des résultats. Les familles des victimes et les observateurs devront attendre l’issue des procédures pour connaître l’étendue exacte des découvertes.


