En 2025, la France a enregistré un niveau d’expulsions locatives inédit selon la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ) : 30 500 ménages seraient sortis de leur logement après une procédure d’exécution, un chiffre présenté comme une hausse de 27% par rapport à l’année précédente. Les saisines pour loyers impayés ont elles aussi augmenté, avec 175 000 commandements de payer délivrés, soit +2,4% par rapport à 2024.
Ces chiffres, communiqués lors d’une conférence de presse le 17 mars 2026 par la CNCJ, soulignent une intensification des procédures judiciaires et administratives liées au recouvrement des loyers. La Chambre rappelle que ces mouvements se lisent dans un parc locatif d’environ 15 millions de logements loués en France, ce qui, selon son président Benoît Santoire, relativise la proportion d’impayés «qui reste assez faible compte tenu du nombre de locataires».
Les chiffres et leur contexte
Les 30 500 expulsions mentionnées correspondent aux phases d’exécution concrètes observées par les commissaires de justice, professionnels chargés d’appliquer les décisions de justice. Le chiffre des commandements de payer – première étape formelle d’une procédure de recouvrement – montre que un nombre beaucoup plus important de dossiers est engagé avant d’arriver à une expulsion effective.
Mettre ces valeurs en regard du parc locatif national est essentiel : sur 15 millions de logements loués, les expulsions restent, en proportion, limitées. En revanche, la progression annuelle (+27%) traduit une accélération des cas où la procédure aboutit, ce qui peut révéler un accroissement des situations financières dégradées chez certains ménages ou des modifications dans les pratiques d’exécution.
Causes possibles, effets et enjeux
Plusieurs facteurs peuvent expliquer la hausse des expulsions et des procédures de recouvrement : détérioration des revenus, augmentation du coût de la vie et des loyers, retards accumulés sur plusieurs mois, ou encore durcissement des pratiques de recouvrement après des périodes de moratoire ou d’aides exceptionnellement mobilisées. Certains professionnels interrogés soulignent aussi l’impact de réformes judiciaires et administratives qui peuvent accélérer les délais d’exécution.
La mention d’une «loi narcotrafic» adoptée en avril 2025, citée par Benoît Santoire, introduit un autre volet : la possibilité pour l’administration préfectorale de saisir un juge afin d’ordonner l’expulsion de personnes dont les agissements liés au trafic de stupéfiants troubleraient l’ordre public. Si cette disposition vise la sécurité, elle élargit potentiellement les motifs d’expulsion et soulève des questions pratiques et sociales sur la articulation entre impératifs de sécurité et droit au logement.
Les conséquences humaines et sociales de ces expulsions sont lourdes : risque d’accroissement du sans-abrisme, recours à des solutions d’hébergement d’urgence, effets sur la scolarité des enfants et la santé des ménages expulsés. Elles imposent une réflexion sur les politiques d’accompagnement — aides au paiement, médiation locative, dispositifs de prévention des impayés — et sur la coordination entre services sociaux, juridictions et professionnels de l’exécution.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
La principale source de l’article original est la Chambre nationale des commissaires de justice (CNCJ), organisation professionnelle représentant les commissaires de justice. En tant qu’organisme de terrain qui rassemble les acteurs chargés d’exécuter les décisions de justice, la CNCJ dispose de données opérationnelles pertinentes sur les expulsions et les commandements de payer : ses remontées constituent une source de première main sur l’activité d’exécution.
Cependant, deux limites doivent être soulignées. D’une part, les chiffres de la CNCJ reflètent l’activité de ses membres et le périmètre de l’exécution judiciaire : ils ne couvrent pas nécessairement l’ensemble des situations informelles ou des expulsions évitées par des accords amiables. D’autre part, en tant qu’organisation professionnelle, elle peut avoir des intérêts à mettre en avant la charge de travail ou l’ampleur du phénomène pour orienter le débat public ou les politiques.
Le président cité, Benoît Santoire, représente la CNCJ et apporte une lecture institutionnelle des chiffres ; ses commentaires sont utiles mais doivent être complétés par des comparaisons avec d’autres sources indépendantes (statistiques publiques, enquêtes d’ONG ou de chercheurs, rapports ministériels) pour obtenir une image complète et validée.
En conclusion, les données de la CNCJ sont une base solide pour mesurer l’activité des procédures d’expulsion, mais une évaluation rigoureuse du phénomène nécessite de croiser ces chiffres avec des sources publiques et des études sociales afin de mesurer les causes profondes, les populations touchées et l’efficacité des dispositifs de prévention et d’accompagnement.


