Examens réalisés sans consentement clair, plaintes pour douleurs minimisées, gestes ou protocoles présentés comme « routiniers » alors qu’ils contreviennent aux recommandations : l’association StopVOG (Stop aux Violences Obstétricales et Gynécologiques) tire un signal d’alarme à partir d’une enquête massive rendue publique jeudi 18 juin. Selon la synthèse présentée par l’association, plus de quatre femmes interrogées sur dix déclarent avoir subi des violences gynécologiques ou obstétricales au cours d’une consultation.
L’enquête se fonde sur les réponses d’un peu plus de 10 000 personnes en France, collectées au moyen d’un questionnaire diffusé entre juillet et décembre 2025. StopVOG souligne que ces atteintes concernent non seulement le non-respect du consentement, mais aussi des situations qu’elle qualifie d’« atteintes graves au consentement » pouvant, pour certaines, s’apparenter à des violences sexuelles. Le document évoque par ailleurs des témoignages de mineures décrivant des examens imposés sans information adaptée à leur âge ou sans consentement effectif.
Qui sont les professionnels cités et quelles conséquences ?
Parmi les auteurs désignés par les personnes ayant répondu, les gynécologues arrivent en tête (39,7 %), suivis d’autres médecins (14,8 %), puis des sages-femmes (12,7 %). Sont mentionnés plus rarement les internes ou des soignants paramédicaux. StopVOG alerte sur les répercussions signalées par les répondants : un « impact délétère sur le suivi médical », c’est‑à‑dire une tendance au renoncement aux consultations et aux examens préventifs, ainsi qu’une augmentation des troubles psychiques liés aux expériences vécues.
L’association relie ces résultats au climat de mobilisation associative pour une loi « intégrale » contre les violences sexuelles faites aux enfants et aux femmes, en mentionnant explicitement le contexte politique et médiatique autour de l’affaire Lyhanna. StopVOG présente son travail comme un moyen de documenter l’ampleur des pratiques dénoncées et de réclamer des changements institutionnels et réglementaires.
Forces et limites de l’enquête
La taille de l’échantillon (plus de 10 000 répondants) est un point fort indéniable : elle permet de recueillir un volume important de témoignages et de repérer des tendances et types de pratiques décriées. De plus, l’enquête met en lumière des situations touchant des mineures, ce qui pose des questions claires sur l’information et le recueil du consentement en pédiatrie et en gynécologie adolescente.
Cependant, plusieurs limites méthodologiques importantes doivent tempérer l’interprétation des résultats. D’abord, StopVOG est une association militante : son rôle est de recenser et de dénoncer les violences en santé, ce qui peut entraîner un biais de sélection des répondants (les personnes ayant vécu des expériences négatives sont naturellement plus incitées à répondre). Ensuite, le questionnaire reposant sur des déclarations auto‑rapportées, il existe des risques de biais de mémoire, d’interprétation des actes médicaux et d’absence de vérification externe des récits. Enfin, l’absence, dans le document rendu public, d’informations détaillées sur la méthode d’échantillonnage (représentativité par âge, région, niveau socio‑économique, modalités de diffusion du questionnaire) limite la possibilité d’extrapoler ces chiffres à l’ensemble de la population féminine française.
En somme, l’enquête fournit un signal fort — et légitime — d’inquiétude sur des pratiques vécues comme violentes ou indélicates par un nombre significatif de répondantes, mais elle ne constitue pas à elle seule une estimation épidémiologique neutre et généralisable de la prévalence de ces violences.
Le document de StopVOG a valeur d’alerte et d’élément de plaidoyer. Pour transformer ces constats en politiques publiques et en changements de pratiques, il faudra des études complémentaires, idéalement réalisées sur des échantillons représentatifs et comprenant des vérifications cliniques et institutionnelles, ainsi qu’un dialogue structuré avec les instances professionnelles (ordres, sociétés savantes, hôpitaux) et les pouvoirs publics.
Enfin, au-delà des chiffres, la publication réactive une question de fond : comment garantir, dans la relation de soin, l’information compréhensible, le recueil effectif du consentement et la prise en compte systématique de la souffrance signalée ? Les réponses impliquent à la fois formation des professionnels, procédures de contrôle et voies d’indemnisation et de réparation pour les victimes, autant d’axes évoqués par les associations mobilisées sur ce sujet.


