La couverture vaccinale contre la rougeole progresse lentement à l’échelle mondiale, mais demeure en deçà des niveaux observés avant la pandémie de Covid‑19, alerte l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport publié le 28 novembre. Les chiffres présentés montrent des gains importants depuis 2000, mais aussi des lacunes persistantes qui maintiennent des millions d’enfants à risque de maladie grave et d’épidémies localisées.
Selon l’OMS, la première dose de vaccin antirougeoleux a atteint une couverture mondiale de 84 % en 2024, contre 83 % en 2023 et 71 % en 2000. Malgré cette progression, le taux reste inférieur aux 86 % atteints avant la pandémie. La deuxième dose a connu une amélioration plus marquée, passant de 17 % en 2000 à 76 % en 2024, signe d’un renforcement des programmes de rappel dans de nombreux pays.
Toutefois, ces moyennes mondiales masquent des inégalités criantes : 20,6 millions d’enfants n’auraient pas reçu leur première dose en 2024, et plus de la moitié d’entre eux se trouvent en Afrique. Or la rougeole est extrêmement contagieuse : pour interrompre la transmission, les autorités sanitaires estiment qu’une couverture d’au moins 95 % avec deux doses est nécessaire.
Conséquences sanitaires et épidémiologiques
L’OMS rappelle que la rougeole demeure une maladie grave pouvant entraîner des complications mortelles, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans, les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées. Kate O’Brien, directrice du département immunisation et vaccins de l’OMS, a souligné lors de la présentation du rapport le caractère potentiellement mortel de la maladie et la vulnérabilité des populations les plus jeunes et fragiles.
Les lacunes d’immunité ont déjà alimenté une recrudescence des épidémies : l’année précédente, 59 pays ont signalé des flambées importantes ou perturbatrices — un niveau record depuis 2003, selon l’OMS. Diana Chang Blanc, cheffe de l’unité du Programme essentiel sur la vaccination de l’OMS, a par ailleurs qualifié d’alarmant le fait que 25 % des foyers de rougeole signalés se trouvent dans des pays considérés comme exempts de la maladie, soulignant des failles de surveillance et de maintien de la couverture vaccinale.
Les causes de ces lacunes sont multiples. L’OMS cite d’abord les difficultés d’accès : perturbations des services de santé pendant et après la pandémie, insuffisance des campagnes de rattrapage, faibles ressources dans les systèmes de santé et contextes de conflit ou de déplacement. Elle pointe également l’impact de la désinformation sur les vaccins, qui a réduit l’acceptation dans certaines populations et compliqué les efforts de couverture.
Que faire pour combler les écarts ?
Les recommandations avancées par l’OMS et les acteurs internationaux insistent sur plusieurs priorités : renforcer la vaccination systématique de routine, déployer des campagnes de rattrapage ciblées pour atteindre les poches non vaccinées, améliorer la surveillance épidémiologique pour détecter et contrôler rapidement les flambées, et lutter contre la désinformation par des campagnes d’information adaptées aux contextes locaux.
L’accent est aussi mis sur l’équité : atteindre les enfants les plus vulnérables — dans les zones rurales isolées, les bidonvilles urbains et les zones fragiles ou en conflit — demande des approches opérationnelles spécifiques, un financement soutenu et une coordination entre organisations internationales, gouvernements et acteurs locaux.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Le rapport et les déclarations cités proviennent de l’OMS, institution de référence pour les données mondiales de santé publique. L’OMS produit régulièrement des estimations détaillées de la couverture vaccinale (notamment via les estimations OMS/UNICEF, WUENIC) et conduit des analyses fondées sur les rapports nationaux, les enquêtes et la surveillance. À ce titre, ses chiffres et recommandations constituent une source hautement crédible pour évaluer la situation globale.
Toutefois, certaines limites méthodologiques doivent être prises en compte : les données mondiales reposent sur des rapports nationaux et des modélisations qui peuvent souffrir de retards, d’incomplétude ou d’hétérogénéité selon les pays. Les systèmes de surveillance sont parfois fragiles dans les contextes de crise ou de faible capacité, ce qui peut conduire à une sous‑déclaration des cas et des écarts locaux non visibles dans les agrégats mondiaux. Enfin, la mesure de l’impact de la désinformation reste difficile à quantifier précisément.
Les expert·es cités dans l’article — Kate O’Brien et Diana Chang Blanc — occupent des postes centraux au sein de l’OMS sur les questions de vaccination, ce qui renforce la crédibilité des analyses et des avertissements qu’ils formulent. Pour une vérification complémentaire, il est recommandé de consulter directement le rapport de l’OMS (et les données WUENIC), ainsi que les informations de partenaires comme l’UNICEF et Gavi, la Vaccine Alliance, qui publient régulièrement des analyses et des données sur la couverture vaccinale.
En synthèse, les données présentées par l’OMS montrent un progrès réel mais insuffisant : sans actions ciblées pour atteindre les populations non vaccinées et restaurer des services de vaccination robustes, le risque d’épidémies de rougeole restera élevé malgré l’amélioration globale depuis 2000.


