Selon le rapport annuel sur les risques professionnels publié par l’Assurance‑maladie le 18 novembre 2024, au moins 764 personnes sont mortes à la suite d’un accident du travail en France en 2024, un chiffre en hausse par rapport aux deux années précédentes. Sur l’ensemble des sinistres liés au travail, le document recense 1 297 décès, en incluant accidents du travail, accidents de trajet et maladies professionnelles, mais en excluant plusieurs catégories de travailleurs (agriculteurs, fonctionnaires, indépendants non assurés volontairement). Ces éléments dessinent un tableau contrasté : des décès en augmentation malgré une fréquence globale des accidents qui diminue légèrement.
Chiffres clés et tendances
Le rapport fait état de 764 décès imputables à des accidents du travail en 2024, soit cinq décès de plus qu’en 2023 et 26 de plus qu’en 2022. À côté de ces accidents, 318 décès sont classés comme accidents de trajet et 215 comme maladies professionnelles, ce qui porte le total à 1 297 décès liés au travail pour l’année.
Paradoxalement, la fréquence des accidents du travail (nombre d’accidents pour 1 000 salariés) a diminué de 1,1 % en 2024, pour atteindre 26,4 accidents pour 1 000 salariés. Cet indicateur porte cependant sur les salariés affiliés au régime général du privé et n’intègre pas les régimes agricoles, la fonction publique ni certains indépendants, ce qui limite sa représentativité pour l’ensemble du marché du travail.
Le rapport souligne des signaux d’alerte : plus de 20 % des décès liés à un accident du travail surviennent au cours de la première année suivant la prise de poste, et pour les salariés de moins de 25 ans, cette proportion dépasse la moitié. Les disparités par genre sont également marquées : depuis 2001, les accidents du travail recensés chez les femmes ont augmenté de 26 %, alors qu’ils ont reculé de 40 % chez les hommes.
Sur le plan des maladies professionnelles, la tendance est à la hausse (+6,7 %) avec une progression notable des troubles musculosquelettiques (+6,6 %), des pathologies liées à l’amiante (+8,5 %) et des affections psychiques (+9 %). Le rapport signale que le nombre de maladies professionnelles psychiques a doublé entre 2020 et 2024, ce qui interroge sur l’évolution des conditions de travail et des critères de reconnaissance.
Sources, limites et enjeux
L’Assurance‑maladie (Caisse nationale de l’Assurance Maladie) est l’auteur du rapport : il s’agit d’une source officielle et généralement fiable pour les statistiques sanitaires et sociales en France. Ses données reposent sur des déclarations administratives et des dossiers de reconnaissance des sinistres, ce qui garantit une méthodologie standardisée et une couverture du régime général du salarié du privé. Toutefois, la portée du rapport reste limitée : il n’inclut pas les exploitants agricoles, la fonction publique ni certains indépendants, et il existe des phénomènes d’« ombre statistique » (sous‑déclaration des maladies professionnelles, délais de reconnaissance, latences longues notamment pour l’amiante) qui peuvent sous‑estimer la réalité des pathologies liées au travail.
Le communiqué du syndicat Solidaires, cité dans l’article initial, apporte un éclairage de partie prenante : le syndicat attribue la hausse des accidents et des maladies à des « organisations pathogènes du travail », à la précarité et à la sous‑traitance, et demande le rétablissement des CHSCT. Les syndicats sont des interlocuteurs essentiels pour comprendre le vécu des salariés et proposer des mesures, mais leurs analyses portent une dimension revendicative et idéologique qu’il faut confronter aux données et aux évaluations d’autres acteurs (inspection du travail, ministères, instituts de recherche).
Pour affiner l’analyse, il serait pertinent de croiser ces données avec celles d’autres organismes : DARES (ministère du Travail) pour les tendances de l’emploi, INSEE pour les effets structurels sur les populations, et des travaux universitaires ou d’agences sanitaires sur la reconnaissance des maladies professionnelles. De même, les tableaux par secteur d’activité, par âge et par cause précise des accidents aideraient à mieux cibler les politiques de prévention.
En conclusion, le rapport de l’Assurance‑maladie alerte sur une hausse du nombre de décès liés au travail et sur la progression de certaines maladies professionnelles, malgré une légère baisse de la fréquence des accidents. Les limites de périmètre et les biais possibles de déclaration incitent à la prudence : la mobilisation des autorités publiques, des employeurs et des représentants des salariés reste nécessaire pour améliorer la prévention et la reconnaissance des risques professionnels, notamment pour les jeunes, les femmes et les travailleurs les plus précaires.


