Le samedi 2 mai, l’association AC!! Anti-Corruption a déposé une plainte contre X pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence visant Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. La plainte, transmise au procureur national financier (PNF), reproche au député d’avoir, selon l’association, posé des questions inspirées par des listes envoyées par la direction de Lagardère News, dont la famille Bolloré est le principal actionnaire.
Les faits reprochés et la chronologie
Les accusations prennent leur origine dans une enquête publiée par Le Monde le 26 avril. Le quotidien a révélé que la direction des affaires institutionnelles et réglementaires de Lagardère News avait envoyé à plusieurs députés — parmi lesquels Charles Alloncle — des listes de questions destinées à être posées lors des auditions de la commission. L’association AC!! estime que ces envois constituent une tentative d’ingérence dans le travail parlementaire et qu’ils ont été mis à profit pour orienter les débats au bénéfice de Lagardère.
Selon la plainte consultée par l’AFP, le comportement du rapporteur au cours des six mois de travaux montre, d’après les plaignants, une hostilité récurrente envers l’audiovisuel public conforme à la tonalité des listes émises par le groupe. La plainte cite également des propos du président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), qui s’était interrogé sur l’impartialité de certaines positions, évoquant sur France Inter la possibilité d’actions « commandées » par des intérêts souhaitant racheter ou affaiblir l’audiovisuel public.
Réponses et dénégations
Contacté par l’AFP, Charles Alloncle a contesté les accusations. Il affirme que, s’il a pu recevoir de tels éléments sur sa boîte mail publique — une pratique qu’il qualifie d’ancienne à l’Assemblée nationale — il ne les a pas utilisés. Interrogé par France Inter le 4 mai, il a dénoncé des « accusations ridicules » visant à discréditer son travail et a précisé qu’il recevait « des centaines » de sollicitations sur sa boîte professionnelle.
La plainte insiste en sens inverse : elle considère que l’examen des auditions et la posture adoptée par le rapporteur sont incompatibles avec une indépendance totale, et que l’existence de ces listes laisse planer un doute sérieux quant à l’origine et la finalité de certaines questions posées. Sur le plan procédural, la plainte pour prise illégale d’intérêts et trafic d’influence a été adressée au PNF, qui décidera des suites à donner.
Après des mois de travaux souvent tendus, les députés de la commission ont néanmoins autorisé la publication du rapport de Charles Alloncle, dont la diffusion était attendue lundi soir ou mardi matin, selon les informations compilées par les médias ayant couvert le dossier.
Appréciation de la fiabilité des sources
L’article original s’appuie principalement sur trois sources citées explicitement : Le Monde, l’AFP et France Inter. Chacune a un statut distinct dans le paysage médiatique français et offre des garanties différentes en matière de vérification.
Le Monde est un quotidien d’information généraliste reconnu et dispose de ressources pour des enquêtes approfondies ; son rôle ici est de révéler les envois de listes et d’établir les faits d’ingérence allégués. L’Agence France-Presse (AFP) est une agence de presse internationale réputée pour la rapidité et la rigueur de ses dépêches : elle relaie la plainte et fournit des extraits consultés par l’association. France Inter, radio publique nationale, diffuse des entretiens et des éléments de contexte, notamment les déclarations du président de la commission.
Ces trois organismes sont des acteurs fiables du journalisme d’enquête et d’information en France. Toutefois, la plainte déposée par AC!! constitue une action judiciaire formelle et non une condamnation : elle expose des faits allégués qui doivent désormais être vérifiés et instruits par les autorités compétentes. Il convient donc de distinguer les informations établies (envois d’emails rapportés par Le Monde, dépôt de la plainte confirmé via l’AFP) des éléments interprétatifs ou des accusations en cours d’examen (l’influence effective sur les débats, qui reste à démontrer devant une juridiction).
Enfin, la pratique — décrite par le député — de recevoir des contributions sur une boîte mail publique existe au sein des assemblées ; cette circonstance ne neutralise pas automatiquement les risques d’ingérence, mais elle introduit un élément de contexte nécessaire à l’analyse et à l’instruction.
La suite de l’affaire dépendra des enquêtes et des éventuelles procédures ouvertes par le PNF. Tant que la justice ne se sera pas prononcée, les allégations restent au stade de la plainte et doivent être traitées comme telles par tout média ou observateur souhaitant rendre compte de l’affaire avec rigueur.


