Le pôle dit « cold cases » du tribunal judiciaire de Nanterre va reprendre l’instruction du dossier relatif à la mort, en octobre 1979, de Robert Boulin, ancien ministre du Travail. La cour d’appel de Versailles a indiqué à l’AFP que le juge d’instruction de Versailles a rendu, le 28 avril 2026, une ordonnance de dessaisissement au profit du pôle chargé des crimes sériels et non élucidés. Le parquet de Nanterre a précisé que « la procédure et les scellés sont en cours d’acheminement » et qu’aucun juge d’instruction n’avait encore été désigné au moment du signalement.
Rappel des faits et des étapes judiciaires
Le 30 octobre 1979, le corps de Robert Boulin, alors âgé de 59 ans et ministre du Travail, est découvert dans un étang de la forêt de Rambouillet (Yvelines). À l’époque, l’enquête conclut à un suicide par noyade. La famille, en revanche, contestera cette version et privilégiera la thèse d’un « assassinat politique ». Les éléments remis au public au fil des années — photos montrant un visage tuméfié, une contre-autopsie concluant à un traumatisme facial en 1983, et divers témoignages — ont nourri le doute et conduit à plusieurs rebonds judiciaires.
En 1981 la famille Boulin porte plainte contre X. En 1991, la juge d’instruction Laurence Vichnievsky rend une ordonnance de non-lieu confirmée ensuite par la cour d’appel puis par la Cour de cassation en 1992. Par la suite, la famille et des journalistes relancent le dossier: une contre-autopsie en 1983, des témoignages nouveaux, une reconstitution organisée par les proches et des déclarations publiées par des enquêtes journalistiques ont conduit le parquet de Versailles à ouvrir une nouvelle information judiciaire visant, cette fois, des qualifications telles que « arrestation, enlèvement et séquestration suivi de mort ou assassinat ».
Les éléments qui ont rouvert le dossier
Plusieurs éléments ont motivé la reprise des investigations: la remise au jour de photographies, des témoignages — dont celui relaté en 2013 à un journaliste selon lequel Boulin n’aurait pas été seul dans son véhicule quelques heures avant sa mort — et la déclaration d’un témoin, Elio Darmon, évoquant des propos attribués à des membres du Service d’action civique (SAC) mettant en cause des violences physiques. La fille de l’ancien ministre, Fabienne Boulin-Burgeat, a également publié un livre dans lequel elle pointe de nombreuses incohérences dans le dossier et réclame de nouvelles vérifications scientifiques et l’accès à des archives.
Pour Me Didier Seban, avocat de la famille, l’enjeu est désormais de traiter rapidement le dossier au risque de perdre des témoins et des éléments matériels. Selon l’AFP, le dessaisissement vers le pôle « cold cases » suit des réquisitions formulées mi-avril 2026 par le parquet de Versailles.
À ce stade, et conformément aux précisions du parquet de Nanterre, la procédure est en cours de transmission: les scellés et le dossier doivent être acheminés vers Nanterre avant que des magistrats du pôle ne soient formellement désignés pour instruire l’affaire.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
L’article original se fonde principalement sur des dépêches de l’AFP et sur des informations de franceinfo, complétées par des publications et témoignages de la famille Boulin, d’avocats et de journalistes d’enquête. L’AFP est une agence de presse reconnue pour ses méthodes de vérification et son rôle de source primaire d’informations factuelles: sa mention confère au rapport une forte crédibilité sur les éléments procéduraux (dates, décisions judiciaires, citations officielles). Franceinfo, média public, reprend généralement ces dépêches et effectue des reportages d’analyse — utile pour le contexte mais tributaire des mêmes sources officielles.
Les autres éléments proviennent de témoignages rapportés par des journalistes (par exemple les travaux de Benoît Collombat) et d’ouvrages ou déclarations familiales. Ces sources apportent des pistes et des récits précieux mais, par nature, exigent une validation judiciaire ou scientifique complémentaire: témoignages de tiers, contre-autopsies et pièces médicales ne valent pas à eux seuls une preuve définitive. Il est donc raisonnable de considérer les dépêches d’agence comme fiables pour les faits procéduraux, et d’aborder les témoignages ou interprétations familiales et journalistiques comme des éléments d’enquête nécessitant confirmation.
En l’état, la reprise du dossier par le pôle « cold cases » constitue une étape procédurale importante qui permettra — ou non — de vérifier formellement les indices avancés depuis plusieurs décennies. Le calendrier et la portée des investigations dépendront désormais des magistrats qui seront désignés à Nanterre et des moyens d’expertise qui leur seront alloués.


