Le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a relancé le débat sur la réouverture des maisons closes en France en déclarant, lors de l’émission diffusée sur France 2 dans la nuit du 13 au 14 décembre, qu’il considérait ce sujet comme une question de sécurité publique. Il rejoint en cela une proposition déjà formulée par le député et porte-parole du RN Jean‑Philippe Tanguy, qui plaide pour la création de « coopératives » gérées par des personnes prostituées elles‑mêmes afin d’encadrer une activité qui, selon eux, « existe quoi qu’on fasse ». Ces déclarations interviennent dans un contexte législatif et social déjà tendu autour de la prostitution en France, plus de soixante‑dix ans après la fermeture des maisons closes par la loi de 1946 et huit ans après la pénalisation des clients en 2016.
Arguments avancés et résistances
Les partisans d’un retour à des lieux clos présentent principalement des arguments de sécurité et d’hygiène. Jordan Bardella a résumé cette position en opposant des établissements fermés à des situations de rue « insalubres » comme celles régulièrement dénoncées dans certains espaces parisiens. L’idée de coopératives autogérées est proposée comme un mécanisme permettant aux personnes concernées de disposer d’un cadre professionnel, d’un contrôle sur les conditions de travail et d’un accès facilité aux soins et à la protection juridique.
Face à ces propositions, les opposants mettent en avant des considérations très différentes. Le Mouvement du Nid, organisation abolitionniste, qualifie la proposition de « extrêmement conservatrice » et invoque le mouvement #MeToo pour dénoncer toute forme de marchandisation du corps des femmes. Le Syndicat du Travail Sexuel (Strass) défend quant à lui la reconnaissance du travail sexuel comme activité professionnelle et s’oppose à la pénalisation des clients ; cependant, il a également déclaré que la réouverture des maisons closes « ne correspond absolument pas » à ses revendications, selon sa porte‑parole citée dans l’article.
Ces divergences montrent que la question n’est pas seulement technique mais profondément politique et éthique : s’agit‑il de réduire les risques immédiats en encadrant une activité existante, ou de s’engager vers un objectif d’abolition qui vise à combattre ce que certains décrivent comme une forme d’exploitation systémique ?
Cadre légal et défis pratiques
Le cadre français actuel repose sur la loi de 2016 qui pénalise les clients de la prostitution, mesure pensée pour dissuader la demande et lutter contre le proxénétisme. Les partisans d’une réouverture des maisons closes jugent ce dispositif insuffisant au regard de la persistance de l’activité et des situations de mise en danger. En sens inverse, les défenseurs de l’abolition soulignent les risques que la légalisation ou la tolérance organisée peuvent faire peser en matière de traite des êtres humains, de contrôle exercé par des tiers, et de vulnérabilités économiques.
Au‑delà du choix de modèle (régulation, légalisation, modèle néerlandais/allemand versus modèle nordique de pénalisation de la demande), la mise en œuvre pose des questions concrètes : quelle inspection et quelles garanties de non‑exploitation ? Comment assurer l’accès au droit, aux soins et à la protection sociale ? Quel contrôle pour éviter que des organisations criminelles ne profitent d’un cadre supposé légal ? Ces questions attendent des réponses précises et des études d’impact avant toute réforme.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Les propos rapportés proviennent de sources de nature différente, dont la fiabilité doit être appréciée en fonction de leur statut et de leurs objectifs.
• Jordan Bardella et Jean‑Philippe Tanguy (Rassemblement national) : déclarations politiques exprimant une ligne partisane. Elles sont pertinentes pour rendre compte du débat public, mais doivent être lues comme des prises de position politiques plutôt que comme des preuves empiriques.
• France 2 / émission « Quelle Époque! » : France 2 est une chaîne publique nationale, ce qui confère une portée médiatique importante aux déclarations diffusées. Toutefois, une émission de débat tardif a un format revendiqué d’opinion et d’entretien ; le factuel de fond doit être vérifié par des sources complémentaires.
• Mouvement du Nid : association abolitionniste reconnue dans le débat public. Sa spécialisation sur la question confère une expertise sur les effets sociaux de la prostitution, mais sa position militante implique un biais en faveur de l’abolition.
• Strass (Syndicat du Travail Sexuel) et sa porte‑parole : interlocuteur direct des personnes concernées, apportant la perspective des travailleurs et travailleuses du sexe. Comme tout syndicat, il représente une partie prenante avec des revendications politiques et professionnelles claires.
• L’étude citée (« 85 % des personnes prostituées affirment avoir été forcées à des actes par un client ») : l’article ne fournit ni titre, ni auteur, ni méthodologie ni échantillon. Sans ces éléments, on ne peut évaluer la validité statistique ni la représentativité ; cette donnée doit donc être considérée comme non vérifiée et à traiter avec prudence.
En conclusion, le débat mérite d’être enrichi par des données rigoureuses (enquêtes épidémiologiques, études qualitatives, évaluations d’impact de modèles étrangers) et par une confrontation transparente des objectifs politiques. Avant toute décision, il faudra concilier protection des personnes vulnérables, respect de leurs droits et efficacité des dispositifs de lutte contre la criminalité et la traite.


