L’enquête menée par la Cour de justice de la République (CJR) à l’encontre d’Aurore Bergé, soupçonnée d’avoir fait de faux témoignages au sujet de ses liens supposés avec une lobbyiste du secteur des crèches privées, est désormais close et la ministre n’a pas été mise en examen, a indiqué l’AFP lundi 4 mai, se fondant sur des informations communiquées par le parquet général près la Cour de cassation.
Clôture de l’information judiciaire et position du parquet
Selon le communiqué relayé par l’agence, « cette information judiciaire ouverte est clôturée. Le dossier a été communiqué au ministère public pour règlement. Aucune mise en examen n’est intervenue dans cette procédure », a précisé le parquet général. L’AFP signale par ailleurs que cette clôture confirmait une information antérieure publiée par Ouest-France.
Contactée, l’avocate d’Aurore Bergé, Me Jade Dousselin, a rappelé que « la décision appartient aux magistrats de la CJR et à eux seuls » et a indiqué ne pas savoir qui avait rendu publique l’information. Elle a également rappelé que la ministre niait catégoriquement les accusations portées contre elle et avait déposé une plainte en diffamation.
Rappel des faits et déroulé de l’instruction
L’information judiciaire avait été ouverte début 2025 à la suite d’un signalement émanant du bureau de l’Assemblée nationale. Aurore Bergé, qui occupe le portefeuille de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations et a été auparavant présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée, a été entendue à deux reprises dans le cadre de cette enquête, en juin et en octobre 2025. Lors de ces auditions, elle avait le statut de témoin assisté.
Les griefs provenaient principalement d’élus de La France insoumise et du groupe Écologiste et Social, qui l’accusaient d’avoir dissimulé devant la commission d’enquête parlementaire — chargée d’examiner le modèle économique des crèches — des relations supposées avec des lobbys du secteur. Lors de son audition devant cette commission, le 30 avril 2024, placée sous serment, Mme Bergé avait déclaré n’entretenir aucun « lien personnel, intime ou amical, ni d’accointances » avec Elsa Hervy, déléguée générale de la Fédération française des entreprises de crèches (FFEC).
La question des rapports entre responsables politiques et acteurs privés de la petite enfance avait pris une visibilité accrue à la suite de la parution de l’enquête Les Ogres (Flammarion) du journaliste Victor Castanet, qui y évoque, selon l’extrait cité dans la presse, un prétendu « pacte de non-agression » entre Aurore Bergé et Elsa Hervy. Ces éléments ont alimenté les soupçons qui ont conduit au déclenchement de l’information judiciaire.
Avec la clôture du dossier sans mise en examen, la procédure pénale engagée par la CJR n’entraîne donc pas de poursuites formelles contre la ministre. Le rapprochement des éléments produits au fil de l’instruction et l’appréciation juridique finale relèvent toutefois exclusivement de la compétence des magistrats instructeurs et du ministère public.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Trois sources principales apparaissent dans le récit de cette affaire : l’AFP, Ouest-France et l’enquête journalistique de Victor Castanet.
L’AFP (Agence France-Presse) est généralement considérée comme une source d’information nationale et internationale à vocation factuelle et vérifiée ; ses dépêches servent souvent de base factuelle pour d’autres organes de presse. Le fait que l’AFP attribue la confirmation au parquet général près la Cour de cassation renforce la nature officielle de l’information rapportée.
Ouest-France est un quotidien régional à forte diffusion en France, reconnu pour son travail de terrain et sa couverture des affaires locales et nationales. Sa reprise ou sa publication antérieure de l’information citée par l’AFP indique une convergence médiatique, mais comme pour tout titre de presse, il convient de distinguer entre dépêche officielle et analyses ou interprétations.
Enfin, l’ouvrage Les Ogres de Victor Castanet relève du registre du journalisme d’enquête. Castanet est connu pour ses enquêtes sur des sujets sensibles du secteur social et sanitaire ; ses travaux apportent souvent des témoignages et une documentation fouillée. Toutefois, un livre d’enquête présente des interprétations et des éléments rédactionnels qui doivent être distingués des éléments de procédure pénale : évoquer un « pacte de non-agression » dans un ouvrage ne remplace pas une décision judiciaire et constitue plutôt un élément d’investigation journalistique ayant contribué à susciter l’attention publique.
Globalement, les sources citées combinent des éléments officiels (parquet, auditions) et des investigations journalistiques. Elles paraissent compatibles entre elles sur les faits de procédure — ouverture et clôture de l’information judiciaire, auditions — mais les interprétations (motifs présumés, liens personnels) relèvent d’étapes distinctes : le constat factuel des auditions et de la clôture du dossier d’une part, et les analyses journalistiques d’autre part.
En l’état, la clôture de l’enquête sans mise en examen signifie qu’aucune suite pénale contre la ministre n’a été engagée à l’issue de cette information judiciaire ; les débats politiques et médiatiques autour des liens entre acteurs publics et privés dans le secteur des crèches restent toutefois vifs et susceptibles d’alimenter de futures vérifications ou actions.


