Un texte collectif paru le 9 décembre met en lumière une controverse autour du sort de l’Institut national de la consommation (INC) et de son magazine 60 millions de consommateurs, après l’annonce d’une disposition du projet de loi de finances (PLF) pour 2026. Selon les signataires — près de 200 personnalités publiques — la mesure prévue dans le PLF conduirait à la liquidation de l’INC d’ici mars et à la possible cession du mensuel à un opérateur privé, ce qu’ils qualifient de « mise à mort » d’un contre-pouvoir de l’information des consommateurs. Parmi les signataires figurent des journalistes, universitaires et responsables associatifs, cités notamment dans une tribune publiée par Le Monde. Le gouvernement justifie la mesure par la situation financière « très dégradée » de l’établissement public, employant « quelque 60 personnes » selon le texte rapporté par les médias.
Le contenu du projet de loi et les arguments du gouvernement
Le PLF 2026, en cours d’examen au Parlement, contiendrait, d’après la tribune et les éléments de presse, une disposition ouvrant la voie à la liquidation de l’INC et à la cession éventuelle de son titre phare, 60 millions de consommateurs. L’exécutif invoque des difficultés budgétaires structurelles pour expliquer cette option, qualifiant la situation financière de l’établissement de « très dégradée ».
Les conséquences envisagées sont triples : arrêt d’une revue reconnue pour ses enquêtes et comparatifs produits, perte d’un réseau d’experts et de juristes attachés à l’établissement public, et fragilisation de l’appui aux associations de consommateurs qui s’appuient sur les travaux de l’INC. Sur le plan pratique, la liquidation d’un établissement public implique des procédures administratives et budgétaires qui doivent être précisées dans les textes et dans les rapports annexes au PLF, et fera l’objet d’un examen parlementaire.
La réaction des défenseurs du magazine et leurs revendications
La tribune, signée notamment par la journaliste Élise Lucet, l’ancienne ministre Olivia Grégoire, l’économiste Julia Cagé, le nutritionniste Serge Hercberg (créateur du Nutri-Score) et Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, dénonce une décision passée « quasi inaperçue » et demande « la suppression » d’un article de loi qualifié d’« inutile et dangereux ». Les signataires estiment que fragiliser l’INC revient à affaiblir un « pilier essentiel de notre démocratie » face aux grands acteurs du commerce international.
Pour illustrer l’utilité du titre, la tribune rappelle des enquêtes récentes, dont un signalement ayant conduit 60 millions de consommateurs à révéler la vente sur la plateforme Shein de poupées à l’apparence infantile à caractère sexuel, découverte rapportée après l’alerte d’une lectrice. Les signataires soulignent aussi la baisse des subventions publiques à l’Institut — qu’ils chiffrent, dans le texte, comme étant passées de 6,3 millions d’euros en 2012 à 2,7 millions en 2020 — pour dénoncer une « asphyxie » financière contrastant, selon eux, avec d’importantes aides publiques attribuées à des médias appartenant à de grands acteurs privés.
Évaluation de la fiabilité des sources et des éléments avancés
La tribune a été publiée dans Le Monde, un quotidien national généralement reconnu pour ses pratiques journalistiques solides et la vérification des textes qu’il relaie — cela confère au document une crédibilité de forme. Les signataires cités sont, pour la plupart, des personnalités connues dans leurs domaines (journalisme, économie, santé publique, ONG), ce qui renforce la dimension experte du collectif ; toutefois ils prennent une position advocacy (défense d’un intérêt public), et leur jugement doit être mis en regard des éléments budgétaires et juridiques objectifs.
Les allégations financières et les chiffres (emplois, montants des subventions) proviennent, dans le texte relayé, des signataires ou de communiqués associés à la mobilisation : ces chiffres sont plausibles et cohérents avec l’hypothèse d’un établissement public de taille modeste, mais ils méritent d’être recoupés directement dans les documents officiels du PLF (rapports annexes, comptes de l’INC, rapports de la Cour des comptes) et dans les communications du ministère en charge. De même, la situation juridique (modalités de liquidation et conditions de cession d’un établissement public) doit être vérifiée au travers du texte même du PLF et des exposés des motifs.
Enfin, l’exemple de l’enquête sur Shein est présenté comme une illustration du rôle d’alerte du magazine : il s’agit d’un fait concret attestant de l’utilité journalistique du titre, mais l’impact réel de cette enquête sur des décisions publiques ou sur la sécurité des produits devrait être confirmé par les articles d’investigation originaux et par d’éventuelles suites administratives ou judiciaires.
La décision parlementaire à venir devra trancher entre contraintes budgétaires évoquées par l’exécutif et la valeur d’utilité publique de l’INC défendue par ses soutiens. Dans l’immédiat, les éléments factuels avancés par les deux camps existent — mais leur portée et leur interprétation nécessitent des vérifications dans les pièces budgétaires et juridiques officielles pour éclairer le débat public.


