Donald Trump a de nouveau justifié, lors d’une interview accordée à la chaîne américaine CBS le 2 novembre, la reprise — ou au moins la préparation — d’essais nucléaires par les États-Unis en invoquant l’exemple de « la Russie », « la Chine », et d’autres pays. Ses déclarations, répétées à plusieurs reprises, mêlent affirmations sur les pratiques d’États tiers et références à des formes de tests moins connues du grand public. Le flou sur la nature exacte des essais envisagés et l’absence de confirmation indépendante rendent la situation délicate à analyser.
Ce que disent les déclarations publiques
Dans l’entretien, M. Trump a affirmé sans détour que « la Russie fait des essais, et la Chine fait des essais, mais ils n’en parlent pas », ajoutant que des pays comme la Corée du Nord et le Pakistan conduisaient eux aussi des essais. Interrogé sur la réalisation d’une détonation nucléaire — une pratique que les États‑Unis n’ont pas menée depuis 1992 — le président a évité de préciser s’il visait une explosion nucléaire complète ou d’autres types d’essais.
Le communiqué du ministère de l’Énergie rapporté par certaines chaînes — notamment Fox News — précisait que les manœuvres évoquées par l’administration ne seraient pas des « explosions nucléaires » au sens classique, mais plutôt des « explosions non critiques » (subcritical tests). Ces expériences, selon les responsables cités, consistent à tester certains composants d’une arme sans provoquer de réaction nucléaire en chaîne et sans rendement d’explosion nucléaire.
Différences techniques et juridiques entre types d’essais
Il est essentiel de distinguer plusieurs catégories d’essais : les essais nucléaires « explosifs » qui produisent un rendement et des ondes sismiques détectables, et les expériences non critiques (ou subcritical) qui ne génèrent pas de fission nucléaire en chaîne et donc pas de rendement observable de ce type. Depuis la fin des essais atmosphériques et souterrains à rendement complet, les grandes puissances ont développé des alternatives : modélisation informatique, programmes de conservation du stock d’armes (Stockpile Stewardship Program aux États‑Unis), et essais subcritiques pour vérifier le comportement mécanique des composants.
Sur le plan des traités, le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE, ou CTBT) prohibe toutes les explosions nucléaires. Les États‑Unis ont signé le traité en 1996 mais ne l’ont pas ratifié, de sorte qu’il n’est pas entré en vigueur selon la procédure américaine. L’Organisation du Traité d’Interdiction Complète des Essais nucléaires (CTBTO) dispose d’un réseau mondial de surveillance sismique capable de détecter des explosions souterraines importantes ; toute explosion nucléaire significative serait très probablement repérée et rendue publique par ces systèmes.
Ce que les observations publiques permettent de confirmer
À ce stade, il n’existe pas d’annonce publique ou d’information indépendante confirmant que la Russie ou la Chine ont récemment effectué des explosions nucléaires à rendement, contrairement aux affirmations présentées comme des motifs de riposte. Les tests nucléaires souterrains à rendement complet laissent des signatures sismiques et radiochimiques détectables. Les États et organismes internationaux (CTBTO, USGS, instituts sismologiques nationaux) publient régulièrement des données et analyses lorsqu’un événement suspect est enregistré.
En revanche, des activités de type subcritical, des essais hydrodynamiques ou des expérimentations en laboratoire — qui ne produisent pas d’explosion nucléaire — sont techniquement possibles et ont été pratiquées par plusieurs États pour maintenir la fiabilité de leurs arsenaux sans violer, selon eux, l’esprit ou la lettre de certains engagements internationaux. Ces activités sont toutefois moins visibles et plus difficiles à vérifier publiquement.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Les citations principales de l’article original proviennent d’une interview accordée à CBS et d’un commentaire relayé par Fox News. CBS News est une source d’information de référence aux États‑Unis, avec des standards journalistiques établis ; une interview diffusée en direct constitue une source primaire fiable pour les propos tenus par une personnalité publique.
Fox News est également un média majeur, mais il a une ligne éditoriale marquée et une audience polarisée ; ses retranscriptions et choix de mise en exergue doivent donc être replacés dans leur contexte et corroborés avec les communiqués officiels (Défense, Energy/NNSA, Maison Blanche) pour éviter les interprétations partisanes.
Enfin, pour vérifier des allégations techniques ou des événements sismiques, les informations des organismes spécialisés (CTBTO, USGS, instituts sismologiques nationaux, publications scientifiques) sont plus fiables que des déclarations politiques seules. Les affirmations selon lesquelles « d’autres pays font des essais mais n’en parlent pas » exigent une vérification indépendante : en l’absence de données publiques confirmant des explosions à rendement nucléaire, ces propos demeurent des éléments d’affirmation politique plutôt que des faits avérés.
Conclusion
Les propos du président posent des questions réelles sur la posture nucléaire et les capacités de surveillance internationale, mais ils manquent, pour l’heure, de précisions techniques et de confirmations indépendantes. Les différences entre « essais » et « explosions nucléaires » sont cruciales : l’une peut impliquer une rupture de tabou stratégique, l’autre relève davantage de tests non explosifs de nature scientifique ou d’assurance. Pour juger de la portée de ces annonces, il faudra des communiqués officiels détaillés et des données de surveillance internationales.


