Depuis le 8 janvier, l’Iran traverse une panne quasi totale d’internet qui a largement entravé la circulation d’informations et rendu difficile toute évaluation indépendante de la répression en cours. Samedi 17 janvier, l’ONG de surveillance Netblocks a annoncé une « très légère » reprise de la connectivité après plus de 200 heures de coupure, mais a précisé que l’accès restait « à environ 2 % des niveaux habituels » et qu’il n’y avait « pas de signe de reprise significative ». Ces rares mouvements de trafic fournissent peu d’éléments nouveaux sur l’ampleur des événements sur le terrain, tant les communications restent massivement entravées par le black-out numérique imposé par les autorités iraniennes.\n\n
Un blackout qui, selon les ONG, masque la répression
\n\nPour les organisations de défense des droits humains, la coupure d’internet ne se limite pas à une mesure technique : elle est un outil politique destiné à étouffer les informations et à empêcher l’organisation et la documentation des manifestations. Selon ces groupes, privés d’images et de transmissions en direct, la communauté internationale a été privée de preuves visuelles et de témoignages immédiats sur la répression. Certaines organisations, comme Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, affirment recevoir « des témoignages directs horrifiants » évoquant des manifestants « abattus alors qu’ils tentaient de fuir », « l’utilisation d’armes de guerre » et « l’exécution en pleine rue de manifestants blessés ».\n\nLes récits provenant de témoins sont d’autant plus difficiles à vérifier que l’accès des journalistes étrangers et des observateurs est très limité, et que la coupure d’internet réduit la possibilité de recouper en temps réel vidéos, photos et données locales. Des membres de la diaspora iranienne, notamment en France, rapportent une angoisse collective — résumée par l’une des voix publiques : « Je ne dors plus » — liée à l’incapacité de recevoir des nouvelles fiables de proches restés dans le pays.\n\n
Déplacements transfrontaliers pour rétablir la communication
\n\nFace à l’impossibilité de communiquer depuis l’intérieur du territoire, certains Iraniens ont tenté des solutions extrêmes pour joindre l’extérieur, franchissant notamment la frontière vers la Turquie afin de retrouver une connexion stable et relayer des informations. Ces départs ponctuels illustrent la stratégie des manifestants pour contourner les limitations numériques, mais ils restent ponctuels et limités : la traversée de frontières n’est ni une solution systémique ni une garantie de documentation exhaustive des violences alléguées.\n\nLa privation d’un flux continu d’informations a également des conséquences opérationnelles sur la capacité des ONG à collecter et vérifier les faits. Les organisations locales et internationales doivent s’appuyer davantage sur des témoignages différés, des images acheminées par des réseaux discrets et des sources médicales ou hospitalières lorsque celles-ci sont accessibles. Ces méthodes augmentent l’incertitude et la variabilité des estimations sur le nombre de victimes et la nature précise des opérations menées par les forces de l’ordre.\n\nÉvaluation de la fiabilité des sources citées\n\n- Netblocks : ONG spécialisée dans la surveillance des connexions internet à l’échelle mondiale. Sa méthodologie repose sur la collecte de métriques de trafic et d’accessibilité depuis des points de mesure répartis, ainsi que sur des indicateurs réseau publics. Netblocks est généralement considérée comme une source fiable pour documenter les coupures d’accès et les restrictions techniques, mais ses données ne renseignent pas directement sur les événements humains (violences, arrestations). Elles indiquent en revanche l’ampleur et la durée des perturbations de connectivité, ce qui est pertinent pour comprendre les contraintes imposées à l’information.\n\n- Iran Human Rights (IHR) et autres ONG de défense des droits humains : ces organisations ont une expertise reconnue dans le recueil de témoignages et la documentation des violations. IHR publie régulièrement des rapports et des recensements basés sur des entretiens, des dossiers médico-légaux et des sources locales. Toutefois, en situation de blackout et d’accès restreint, leurs analyses reposent largement sur des témoignages oraux et des informations transmises de manière fragmentée, ce qui nécessite prudence et vérification croisée. Cela n’invalide pas leurs constats, mais impose de les considérer comme des éléments importants de la chaîne de preuves, souvent corroborés ultérieurement lorsque les conditions le permettent.\n\n- Témoignages non identifiés et « experts » anonymes : le recours à des sources non nommées, s’il est compréhensible pour protéger des personnes vulnérables, complique l’évaluation indépendante de la crédibilité et des motivations. Les déclarations générales d’« experts » sans attribution précise ont moins de valeur probante et doivent être traitées avec réserve jusqu’à une confirmation plus solide.\n\nEn synthèse, les données techniques de Netblocks sur la coupure d’internet sont robustes pour ce qu’elles mesurent : une restriction massive de la connectivité. Les allégations de violences graves portées par IHR et d’autres groupes de défense des droits humains méritent une attention soutenue, mais leur vérification indépendante reste difficile tant que le black-out se poursuit et que l’accès extérieur est restreint. La situation appelle donc à une vigilance accrue, à la protection des sources locales et à la mise en place de mécanismes de vérification lorsque les communications seront rétablies de manière fiable.


