Le comité de soutien à Narges Mohammadi a fait part, lundi 15 décembre, d’une vive inquiétude concernant l’état de santé de la militante iranienne et lauréate du prix Nobel de la paix 2023, arrêtée quelques jours plus tôt en Iran. Selon le comité, la conversation téléphonique « brève » qu’elle aurait eue dimanche soir avec sa famille a révélé des blessures consécutives à son interpellation : coups répétés de matraque à la tête et au cou, douleurs manifestes et deux transferts vers des services d’urgence, sans hospitalisation prolongée, ont été rapportés par ses proches et par le comité sur la plateforme X (ex-Twitter). Une confirmation partielle de ces soins a également été fournie à l’AFP par l’un de ses frères, Hamid Mohammadi, qui a indiqué que Narges avait été examinée par un médecin mais restait en détention.
Circonstances de l’arrestation et témoignages
La militante de 53 ans a été interpellée vendredi dans la ville de Mashad (est de l’Iran) après avoir pris la parole lors d’une cérémonie en hommage à l’avocat Khosrow Alikordi, retrouvé mort début décembre. Les autorités locales, via le procureur de Mashad, Hassan Hemmatifar, ont déclaré que 38 personnes avaient été arrêtées au cours de cette réunion, parmi lesquelles figuraient Narges Mohammadi et une autre militante connue, Sepideh Gholian.
Le comité de soutien, relayant le récit de la famille, a décrit des coups « violents et répétés » portés à la tête et au cou lors de l’arrestation, provoquant des douleurs suffisamment importantes pour que Mohammadi soit conduite deux fois aux urgences. La militante aurait dit ignorer, lors de l’appel, quel service de sécurité la détenait. Du côté des autorités, la version officielle diffusée par le procureur se contente d’indiquer le nombre d’interpellations et les motifs généraux liés à ce que l’État qualifie de troubles à l’ordre public, sans donner de précisions médicales.
Réactions nationales et internationales
En réaction à ces arrestations, un collectif de personnalités et militants iraniens — dont les cinéastes Jafar Panahi, lauréat de la Palme d’or, et Mohammad Rassoulof — a exigé la libération « immédiate et inconditionnelle » de Narges Mohammadi et des autres personnes détenues. Le collectif a dénoncé ce qu’il décrit comme une stratégie systématique visant à réduire au silence les voix civiques en les accusant de troubler l’ordre public.
Ces appels s’inscrivent dans un contexte de tensions persistantes entre les autorités iraniennes et les défenseurs des droits civiques. Les soutiens de Mohammadi mettent en avant son profil international — récemment couronnée du prix Nobel de la paix — pour attirer l’attention sur ce qu’ils considèrent comme des atteintes aux droits fondamentaux et au droit à la liberté d’expression.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Les éléments rapportés dans l’article proviennent de sources hétérogènes dont la fiabilité doit être évaluée séparément.
– Le comité de soutien et les déclarations sur X : il s’agit d’une source de première main proche de la famille et du cercle de soutien de Mohammadi. Ces messages constituent des témoignages directs et importants, mais ils nécessitent une vérification indépendante lorsqu’il est question d’allégations de violences et de faits médicaux. Les plateformes sociales permettent une diffusion rapide, mais la confirmation par des documents médicaux ou des observations d’organismes tiers renforce la crédibilité.
– L’AFP : l’Agence France-Presse est une agence de presse internationale reconnue pour ses standards professionnels de vérification et d’édition. Le fait que l’AFP cite un frère de Mohammadi comme source accroît la fiabilité du témoignage familial rapporté. Toutefois, l’AFP relaie ici un témoignage familial et non une enquête médicale indépendante.
– Les autorités locales (procureur de Mashad) : il s’agit d’une source officielle, dont les informations sont importantes mais potentiellement biaisées par des motifs politiques ou de communication d’État. Les déclarations du procureur donnent la version administrative des événements (nombre d’arrestations, chef d’accusation général) mais ne permettent pas de valider ou d’infirmer les allégations de mauvais traitements.
– Le collectif de cinéastes et militants : ces personnalités sont des témoins engagés et jouissent d’une visibilité publique. Leur appel à la libération est légitime en tant que prise de position, mais il s’agit d’actes de soutien politique — utiles pour mesurer l’ampleur de la mobilisation, mais devant être distingués des preuves factuelles.
Dans l’ensemble, les sources cités fournissent un faisceau d’indices convergents attestant d’une interpellation et d’inquiétudes familiales quant à l’état de santé de Mohammadi. Cependant, l’absence d’accès indépendant aux dossiers médicaux, de témoignages d’observateurs neutres (médecins indépendants, organisations internationales) ou de documents judiciaires publics limite la capacité à vérifier de manière exhaustive les allégations de violences physiques.
Ce qu’il reste à établir
Il conviendra d’observer si d’autres éléments corroborants émergent : comptes rendus médicaux indépendants, déclarations détaillées d’organismes de défense des droits humains, éléments judiciaires précisant l’autorité qui détient Mohammadi et les charges retenues, ainsi que les conditions concrètes de sa garde à vue. En attendant ces confirmations, les informations disponibles justifient une vigilance accrue mais appellent à la prudence quant à toute conclusion définitive.


