Fin mars, la température moyenne de surface des océans (hors zones polaires) a atteint 20,97 °C, selon le bulletin mensuel du service Copernicus publié le 10 avril. Cette valeur se situe à seulement un dixième de degré du record de mars 2024 et confirme une tendance d’ensemble à la hausse de la chaleur océanique observée depuis plusieurs années.
Ce que montrent les observations
Les données rapportées par Copernicus proviennent d’un système de suivi global qui combine observations satellitaires, mesures in situ et réanalyses pour produire des séries temporelles cohérentes. La hausse de la température de surface océanique n’est pas un phénomène isolé : elle accompagne une élévation de l’énergie thermique stockée dans les océans, un indicateur clé du réchauffement climatique. Dans ce contexte, Copernicus estime qu’un basculement vers des conditions associées au phénomène El Niño est de plus en plus probable pour la seconde partie de l’année.
El Niño est une oscillation naturelle du système océan-atmosphère du Pacifique équatorial qui s’accompagne d’un réchauffement à grande échelle des eaux de surface. Quand il se déclenche, El Niño modifie les schémas de vent et de précipitations à l’échelle planétaire, favorisant notamment des vagues de chaleur dans certaines régions, des précipitations intenses dans d’autres, et perturbant la fréquence et l’intensité des cyclones.
Pourquoi la combinaison avec le changement climatique est préoccupante
Le retour probable d’El Niño sur un fond de réchauffement anthropique signifie que des extrêmes climatiques pourraient être exacerbés. Les océans plus chauds dilatent davantage l’eau, contribuant à l’élévation du niveau de la mer, et favorisent des vagues de chaleur marines qui fragilisent les écosystèmes coralliens. Par ailleurs, une mer plus chaude alimente l’énergie disponible pour les tempêtes tropicales, et des champs de température océanique modifiés réorganisent les précipitations et les régimes de sécheresse sur plusieurs continents.
Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) ont toutes deux indiqué une probabilité accrue du développement d’El Niño cette année, après une phase La Niña qui tendait à refroidir certaines régions du globe. L’OMM avait, selon les communiqués publics, évalué à quelques dizaines de pour cent la probabilité d’apparition d’El Niño sur une fenêtre temporelle de plusieurs mois, un signal qui incite à la vigilance mais n’est pas une prévision infaillible.
Il est essentiel de distinguer magnitude et probabilité : une température océanique proche du record indique une condition qui facilite l’émergence d’El Niño, mais la mise en place précise du phénomène dépend de l’évolution des vents équatoriaux et d’autres paramètres atmosphériques au fil des semaines.
Sur le plan des températures globales, la combinaison des terres et des océans place le mois de mars au rang des plus chauds mesurés, avec environ +1,48 °C par rapport à la période préindustrielle 1850–1900, rappelant la part majeure de la combustion de fossiles dans la tendance de long terme.
Évaluation de la fiabilité des sources
Le bulletin mentionné dans l’article s’appuie principalement sur Copernicus et l’OMM. Copernicus Climate Change Service (C3S), opéré par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT/ECMWF) pour le compte de l’Union européenne, est une source reconnue pour la qualité de ses réanalyses et produits satellitaires. Ses jeux de données combinent de multiples sources d’observations et des modèles physiques, ce qui en fait une référence robuste pour suivre les tendances climatiques à l’échelle planétaire.
L’Organisation météorologique mondiale est l’agence spécialisée des Nations unies chargée de la coordination internationale des services météorologiques et climatiques. Ses évaluations s’appuient sur des contributions d’instituts nationaux et régionaux et sont considérées comme fiables pour estimer les probabilités d’événements climatiques de grande échelle comme El Niño/La Niña.
En revanche, il convient de garder à l’esprit les limites inhérentes à toute observation et prévision : les estimations mensuelles peuvent être révisées lorsque de nouvelles données arrivent, et la probabilité d’un événement saisonnier évolue avec le temps. Les conclusions les plus solides combinent plusieurs sources indépendantes et des publications scientifiques revues par les pairs, en complément des bulletins opérationnels.
En résumé, les chiffres cités — température océanique de mars et l’avertissement sur un possible El Niño — proviennent de sources institutionnelles crédibles et méthodologiquement rigoureuses. Ils constituent un signal d’alerte légitime pour les décideurs et les gestionnaires des risques, qui devront toutefois suivre l’évolution des bulletins saisonniers et des analyses scientifiques au cours des prochains mois.


