Plus d’un tiers des espèces de raies et de requins sont aujourd’hui menacées d’extinction, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Face à cette situation, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) a approuvé, lors de sa récente session, des mesures visant à renforcer la protection de plus de 70 espèces de ces poissons cartilagineux. Les décisions adoptées ont étendu les restrictions sur le commerce international, allant d’interdictions strictes à des régulations conditionnelles destinées à garantir la durabilité des opérations commerciales restantes.
Quelles mesures ont été adoptées et que signifient-elles ?
Parmi les décisions les plus remarquées figurent des interdictions explicites concernant le commerce de certaines espèces emblématiques — notamment le requin-baleine, plusieurs espèces de raies manta et les raies mobula — ainsi que l’inscription d’autres espèces de requins sous un régime de contrôle renforcé. Concrètement, ces inscriptions à la CITES impliquent que toute exportation ou importation doit être accompagnée de permis prouvant que le prélèvement et le commerce ne nuisent pas à la survie de l’espèce concernée et sont menés de manière durable.
Pour les espèces placées sous des protections plus strictes (inscriptions de niveau supérieur au sein des instruments de la CITES), le commerce commercial est en pratique interdit, tandis que les protections relevant d’un contrôle renforcé imposent des évaluations et des autorisations préalables. Ces outils administratifs visent à freiner le commerce non durable tout en maintenant un cadre juridique international permettant un suivi des flux commerciaux.
Pourquoi ces mesures étaient-elles nécessaires ?
Les requins et les raies subissent depuis des décennies une pression intensive due à plusieurs facteurs conjoints : surpêche ciblée pour leurs nageoires, foie ou chair ; mortalité accidentelle (prises accessoires) dans des pêcheries destinées à d’autres espèces ; dégradation des habitats côtiers ; et impacts croissants du changement climatique sur les écosystèmes marins. Ces pressions ont entraîné des déclins de population importants pour de nombreuses espèces, constatés par des études et évaluations compilées notamment par l’UICN.
L’appel à une action internationale a été renforcé par des ONG et des scientifiques, qui soulignent que les populations marines à croissance lente, comme celles de la plupart des requins et raies, sont particulièrement vulnérables à la surexploitation. Le renforcement du cadre réglementaire du commerce international est donc présenté comme une mesure clé pour réduire la demande et encourager des pratiques de pêche plus soutenables.
Plusieurs défenseurs de la nature ont salué la décision. « Cette décision marque une victoire historique pour les requins », a notamment déclaré Barbara Slee, directrice de programme du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Selon elle, les données scientifiques indiquent que les requins doivent être traités comme une priorité de conservation plutôt que comme une simple ressource de pêche.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
L’article initial s’appuyait principalement sur trois sources : l’UICN, la CITES et une déclaration d’une ONG (IFAW). Ces sources présentent des profils différents en termes d’objectivité et d’expertise.
L’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) est la référence mondiale pour l’évaluation du statut de conservation des espèces (Liste rouge). Ses évaluations sont réalisées par des réseaux d’experts et reposent sur des données publiées et méthodologies standardisées ; elles sont généralement considérées comme très fiables pour décrire les tendances de risque d’extinction, même si des lacunes subsistent pour des espèces insuffisamment étudiées.
La CITES est l’accord international chargé de réguler le commerce des espèces menacées. Ses décisions émanent de négociations entre États parties et reposent sur des propositions soumises par les gouvernements et appuyées par des évaluations scientifiques et des avis techniques. La crédibilité de la CITES est forte sur le plan juridique et diplomatique ; son efficacité dépend toutefois des capacités nationales d’application et de contrôle.
L’IFAW est une organisation non gouvernementale active dans la protection des animaux et la conservation. Ses analyses et campagnes sont utiles pour mettre en lumière des urgences et mobiliser l’opinion publique. Toutefois, comme toute ONG de plaidoyer, ses déclarations ont une dimension militante et doivent être lues comme un point de vue engagé, complémentaire aux évaluations scientifiques indépendantes.
Que signifie cette décision pour l’avenir ?
Les inscriptions à la CITES constituent une étape importante mais non suffisante : la protection effective dépendra de la mise en œuvre par les États, du renforcement des contrôles aux frontières, d’un suivi scientifique robuste des populations et de mécanismes d’appui pour les communautés de pêche qui devront s’adapter. Le contrôle du commerce international peut réduire la pression commerciale, mais il doit s’accompagner d’actions locales — réduction des prises accessoires, création d’aires marines protégées, mesures de pêche durable — pour permettre la récupération des populations.
En résumé, les nouvelles mesures constituent un signal fort au niveau international, fondé sur des évaluations reconnues. Leur succès reposera toutefois sur la combinaison d’une volonté politique, de capacités opérationnelles et d’un suivi scientifique continu pour transformer la réglementation en restauration réelle des populations de requins et de raies.


