Le débat sur la réintroduction possible de l’acétamipride et du flupyradifurone en France a repris de la vigueur après l’adoption définitive, le mardi 21 juillet, du projet de loi d’urgence agricole. Le texte confère à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) la possibilité d’autoriser, à titre dérogatoire, ces deux insecticides aujourd’hui interdits sur le territoire national mais toujours homologués au niveau de l’Union européenne.
Ce que disent les études sur l’impact environnemental
Les éléments scientifiques rassemblés et cités par les chercheurs pointent des effets préoccupants, notamment sur les pollinisateurs. L’acétamipride, un néonicotinoïde, et le flupyradifurone, un buténolide, partagent un mode d’action qui perturbe la transmission nerveuse chez les insectes. Des spécialistes comme Jean‑Marc Bonmatin (CNRS) soulignent des troubles de l’orientation, du vol et du butinage, pouvant porter atteinte à la survie des populations d’insectes.
La caractéristique systémique de ces molécules — leur capacité à se diffuser dans l’ensemble de la plante — est au cœur des inquiétudes. Des études évoquées montrent que la molécule se retrouve dans pollen et nectar, et circule avec l’eau : ruissellement et dispersion atmosphérique peuvent contaminer les parcelles voisines, prairies, forêts et cours d’eau. Des travaux, dont un article cité dans Communications Earth & Environment (mars 2025), rapportent des mortalités très élevées chez certaines espèces d’insectes même à de faibles niveaux d’exposition.
Au-delà des insectes, des chercheurs mentionnent des effets délétères sur d’autres groupes — oiseaux, amphibiens, invertébrés et mammifères — ainsi que la présence de traces dans des organes d’animaux sauvages, avec des conséquences sur la condition physique et la reproduction signalées dans des rapports cités. L’Anses elle‑même relève une forte toxicité pour les organismes aquatiques et terrestres.
Incidences possibles sur la santé humaine et position des autorités
La question des risques pour la santé humaine reste plus nuancée dans les bilans réglementaires. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a réévalué l’acétamipride au fil des années : alertes sur des effets neurotoxiques possibles remontant à 2013, réévaluations de la classification de danger en 2016 et, plus récemment, en 2024, des « incertitudes majeures » ont été signalées quant aux effets sur la santé, amenant à recommander l’abaissement des seuils d’exposition.
Plusieurs spécialistes cités estiment cependant que la littérature scientifique penche vers des risques pour le développement du système nerveux chez l’enfant et le fœtus, pour la reproduction et pour l’accumulation dans certains organes (foie, reins). Des cancérologues et des chercheurs appellent à la prudence et demandent des données supplémentaires pour lever les incertitudes réglementaires.
La décision à venir en France reposera sur l’Anses, mandatée par la loi, et s’inscrit dans la distinction entre avis scientifiques (articles et études) et décisions réglementaires, façonnées par des critères juridiques et administratifs. Plusieurs sociétés savantes, associations de patients et institutions médicales ont publié une tribune collective rappelant les risques potentiels et appelant à fonder les décisions publiques sur les connaissances scientifiques disponibles.
Évaluer la balance bénéfice/risque exigera donc de confronter les résultats expérimentaux et les travaux de terrain (toxicité chronique, effets sublétaux, dispersion environnementale) aux besoins agricoles exprimés par la loi d’urgence.
Évaluation de la fiabilité des sources citées
Les informations reprises dans cet article proviennent de sources diverses : agences réglementaires (Anses, EFSA), établissements de recherche (CNRS), médias d’information (AFP, franceinfo, Le Monde) et revues scientifiques (Communications Earth & Environment et d’autres revues spécialisées citées). Globalement, ces sources sont de qualité et complémentaires :
– Les agences (Anses, EFSA) publient des évaluations techniques et réglementaires fondées sur des dossiers scientifiques et sont des références pour l’évaluation des risques, même si leurs conclusions peuvent évoluer en fonction des données disponibles.
– Les institutions de recherche (CNRS) et les revues scientifiques fournissent des résultats de travaux originaux et évalués par les pairs ; leur fiabilité est élevée, sous réserve d’examiner la méthodologie et la représentativité des études citées.
– Les médias (AFP, franceinfo, Le Monde) synthétisent ces éléments et citent des experts ; ils sont utiles pour le contexte mais doivent être lus comme des relais d’information plutôt que comme des sources primaires.
En somme, la convergence de rapports réglementaires, d’études académiques évaluées par les pairs et de prises de position d’experts confère un niveau de preuve notable sur les risques environnementaux. Sur les effets pour la santé humaine, les autorités ont identifié des incertitudes persistantes : la prudence et des données supplémentaires sont donc souhaitables avant toute décision de large réintroduction.
Les décisions publiques à venir devront expliciter les critères scientifiques et réglementaires retenus et rendre transparentes les données sur lesquelles elles s’appuient, afin d’assurer une appréciation rigoureuse des risques pour l’environnement et la santé.


