Lors d’un meeting à Mâcon le 1er mai, Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a réclamé la suppression des certificats d’économies d’énergie (CEE), qu’il a qualifiés d’« écotaxe » aggravant le coût supporté par les automobilistes alors que les prix des carburants « flambent ». Cette proposition intervient à un an de l’élection présidentielle de 2027 et relance le débat sur l’efficacité et le coût de ce dispositif créé par la loi du 13 juillet 2005.
Qu’est‑ce que les CEE et comment fonctionnent‑ils ?
Les certificats d’économies d’énergie constituent un mécanisme réglementaire qui oblige les fournisseurs d’énergie à financer des actions visant à réduire la consommation d’énergie et à améliorer l’efficacité énergétique. En échange de subventions accordées à des ménages ou à des entreprises — par exemple pour remplacer une chaudière au fioul par une pompe à chaleur — les fournisseurs obtiennent des certificats. À la fin de chaque période triennale, ils doivent prouver qu’ils ont atteint les objectifs d’économies fixés par l’État.
Le gouvernement présente les CEE comme « l’un des principaux instruments » de maîtrise de la demande énergétique et les rattache au principe du pollueur‑payeur : les acteurs les plus concernés doivent contribuer au financement de la transition et de la rénovation énergétiques.
Coût pour les consommateurs et critiques institutionnelles
Plusieurs acteurs ont souligné que le coût des CEE est en partie répercuté sur les prix facturés aux ménages et aux entreprises. Dans son rapport de 2024, la Cour des comptes a notamment décrit le dispositif comme « de plus en plus complexe », reposant sur des règles multiples et instables, et a estimé que les coûts liés à l’obtention des certificats sont, économiquement, comparables à une taxe sur l’énergie. Sur cette base, la Cour a suggéré d’envisager soit la suppression du dispositif, soit des réformes structurelles pour atteindre les objectifs de réduction de consommation.
La Cour des comptes reconnaît cependant l’efficacité partielle du mécanisme : entre 2014 et 2020, les actions soutenues auraient permis une réduction de 106 TWh de consommation d’énergie en 2020, soit environ 6,5% de la consommation nationale cette année‑là.
Du côté des opérateurs, des estimations présentées à l’automne faisaient état d’un impact visible sur le prix des carburants : le niveau de CEE demandé aux entreprises représentait alors, selon des acteurs du marché cités dans l’article original, une hausse de 4 à 5 centimes par litre d’essence et « plusieurs euros par mégawattheure » pour les énergéticiens. Ces évaluations proviennent notamment d’interlocuteurs du secteur, comme Nicolas Moulin, fondateur de PrimesEnergie, et doivent être lues comme des estimations liées à des paramètres de marché.
Renforcement récent et réactions politiques
Fin 2025, l’État a décidé d’accroître l’utilisation des CEE pour financer davantage d’aides à la transition écologique. Pour la période du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2030, l’obligation annuelle d’économies d’énergie imposée aux fournisseurs a été augmentée de 27%. L’enveloppe du dispositif, qui s’élevait à 6 milliards d’euros en 2025, devait dépasser 8 milliards d’euros en 2026.
Cette montée en charge a suscité des critiques politiques. Jordan Bardella a dénoncé une « agression fiscale » et affirmé que le renforcement du dispositif conduirait à une hausse des prélèvements sur les carburants et les énergies. Le gouvernement a répondu que les CEE ne constituent pas une taxe et que le mécanisme sert à financer concrètement la transition, en citant des dispositifs d’accompagnement pour les ménages (leasing social, aides à la rénovation, mobilité électrique).
Mi‑avril, face à la hausse des prix des carburants, des distributeurs ont proposé de suspendre temporairement la collecte des CEE. La ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Brégeon, a rejeté cette option en déclarant sur franceinfo que revenir sur les CEE reviendrait à renoncer à un outil protégeant les Français lors de crises futures.
Fiabilité des sources citées
Les éléments repris dans cet article proviennent d’acteurs variés. La Cour des comptes est une source institutionnelle à forte crédibilité pour l’évaluation des politiques publiques et ses conclusions méritent une attention particulière. Les communiqués et positions du gouvernement et de Bercy sont des références officielles, utiles pour connaître l’intention politique et les chiffrages annoncés, mais reflètent une lecture normative du dispositif.
Les déclarations de Jordan Bardella et du Rassemblement national relèvent clairement du débat politique et doivent être interprétées comme des prises de position partisanes, notamment en période préélectorale. Les estimations fournies par des acteurs privés du secteur (ex. PrimesEnergie) éclairent l’impact économique mais peuvent présenter un biais lié à l’intérêt commercial ou méthodologique de leurs auteurs.
Enfin, les reprises par des médias généralistes et agences comme l’AFP ou franceinfo, cités dans le texte d’origine, constituent des sources journalistiques courantes et généralement fiables pour rendre compte de déclarations publiques et d’éléments factuels ; il convient toutefois, pour toute évaluation chiffrée, de consulter le rapport original de la Cour des comptes et les documents officiels de l’État pour vérifier les méthodologies et les hypothèses.
En l’état, le débat sur la suppression ou la réforme des CEE repose sur un équilibre délicat entre ambitions de réduction de la consommation d’énergie et conséquences économiques à court terme. Les éléments factuels disponibles — rapport de la Cour des comptes, décisions gouvernementales et estimations du marché — sont complémentaires mais parfois contradictoires sur l’ampleur de l’impact tarifaire, ce qui justifie des clarifications chiffrées et une transparence renforcée sur les méthodes de calcul.


