Trois anciens candidats de la version française de l’émission Love is Blind (intitulée Pour le meilleur et à l’aveugle sur Netflix) ont saisi fin novembre le conseil de prud’hommes de Nanterre, dénonçant des « traitements inhumains et dégradants » durant le tournage, selon des recours consultés par l’AFP et révélés par Le Monde. Ils réclament chacun 200 000 euros de réparation à la fois à Netflix et à la société de production ITV Studios France, et demandent la requalification de leurs contrats à durée déterminée en contrats à durée indéterminée, avec les indemnités associées pour licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Les faits allégués et le déroulé du tournage
Selon les recours, les plaignants imputent à la production un isolement total imposé pendant la première phase du tournage, qui s’est déroulée en Suède: interdiction de tout contact avec l’extérieur ou avec d’autres participants, impossibilité de quitter l’hôtel, et présence « en permanence » d’un chaperon. Ils indiquent également que leur liberté de mouvement a été entravée pendant toute la durée du tournage, et que ces conditions ont eu « un impact important sur la santé physique et l’équilibre mental » des participants.
Chacun des trois candidats avait signé, d’après les documents, trois contrats distincts (un contrat de douze jours et deux contrats d’une journée), pour une rémunération de 150 euros brut par jour. La défense rappelle que la production proposait un suivi psychologique et que les contrats limitaient le temps de travail, éléments également mentionnés dans les recours. Interrogé par l’AFP, Netflix France a indiqué prendre connaissance du dossier et rappelé exiger de ses partenaires « des standards éthiques rigoureux ». ITV Studios France n’avait, selon les comptes rendus, pas réagi au moment de la publication.
Ce que disent les documents et les limites des informations disponibles
Les éléments publiés par Le Monde et relayés par l’AFP reposent sur les recours déposés au conseil de prud’hommes et sur les déclarations de l’avocate des candidats, Delphine Meillet. Ces documents constituent des sources primaires pour ce litige: ils énoncent les griefs et les demandes indemnitaires des plaignants. Mais il convient de rappeler qu’il s’agit d’allégations judiciaires qui devront être examinées et étayées devant le juge.
La réaction de Netflix, limitée à la prise de connaissance du dossier et à un rappel de ses exigences éthiques, est une réponse attendue d’un acteur de plateforme. L’absence de réaction d’ITV Studios France au moment de la publication laisse un angle mort important: la version de la société de production, ses justificatifs opérationnels (consignes données aux équipes, planning, registres de présence, modalités du suivi psychologique) et son appréciation des contrats signés n’ont pas été rendues publiques.
Fiabilité des sources et enjeux juridiques
Les sources citées — l’AFP et Le Monde — sont des médias établis et réputés pour leurs méthodes de vérification: l’AFP est une agence de presse internationale fournissant des dépêches factuelles, et Le Monde est un quotidien d’enquête français. Les informations évoquées proviennent principalement de documents judiciaires et de la déclaration de l’avocate, ce qui renforce leur caractère factuel quant à l’existence d’un litige et des demandes formulées. Néanmoins, la portée des allégations (treatment inhumain, atteinte à la santé mentale) exige une prudence journalistique: ces accusations restent, à ce stade, non jugées et font l’objet d’une procédure en cours.
Sur le plan juridique, la demande de requalification des CDD en CDI relève d’une appréciation du juge des prud’hommes: il devra déterminer si les conditions de travail et l’organisation du tournage caractérisent un lien de subordination et une relation de travail assimilable à un contrat de travail permanent. Les demandes d’indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse et de réparation pour préjudice moral s’inscrivent dans la pratique contentieuse habituelle en cas de requalification.
La suite du dossier dépendra des pièces produites en justice (contrats, correspondances, attestations de participants et d’équipes, rapports médicaux le cas échéant) et des auditions. Au-delà de ce cas particulier, l’affaire pose la question plus générale des conditions de travail et de protection psychologique des participants aux émissions de télé‑réalité, sujet déjà débattu dans plusieurs pays.
Pour l’instant, le dossier est au stade des réclamations judiciaires: les allégations des candidats, les réponses partielles de Netflix et l’absence de communication d’ITV appellent à attendre l’examen contradictoire devant le conseil de prud’hommes afin de disposer d’un éclairage définitif et documenté.


